A Paris, une Fashion Week féministe et multiculturelle

Cette année, l'ONU profité de la Journée internationale de la femme pour fixer comme objectif « Les femmes dans un monde du travail en mutation : Planète 50/50 d’ici à 2030 ». Un objectif en fait applicable au monde de la mode, où les femmes sont de plus en plus représentées : cette année, 34 des 82 créateurs de la Fashion Week de Paris étaient des créatrices, un record (lire « Défilés femme : les tendances de l’automne-hiver 2017/18 »).

Un bleu de Travail, pour la Journée internationale de la femme, de Christian Dior - automne-hiver 2017 - femme - Paris - © PixelFormula

Et justement, chez Christian Dior, le gris signature de la Maison a été banni des podiums et remplacé par 50 nuances de bleu, avec un ton prédominant qui était celui du bleu de travail.

La saison dernière, la directrice de la création, Maria Grazia Chiuri, avait présenté un T-shirt sur lequel on pouvait lire « We Should All Be Feminists », c'est-à-dire « Nous devrions tous être féministes », et cette année, elle a envoyé un quatuor de modèles habillés en pantalon et veste d'ouvrier.

Pour ce que la plupart des gens ont considéré comme le show le plus remarquable de la saison – Balenciaga –, le créateur Demna Gvasalia a habillé ses filles de manteaux masculinisés, coupés asymétriquement, comme mal boutonnés. Des parkas, des duffle-coats, des manteaux à carreaux et des trenchs – définissant une nouvelle sophistication pour une femme créative.


Une super-héroïne galactique sortie tout droit de Star Trek, Karl Lagerfeld pour Chanel - automne-hiver 2017 - femme - Paris - © PixelFormula

Chez Miu Miu, Miuccia Prada a fait le choix d'un exotisme moderne – avec des cols châles géants, d'amples parkas d'après-ski et des manteaux bleus en fausse fourrure, le tout couvert de strass et de cristaux. Parce que tant de femmes veulent un féminisme glamour. Alors que chez Chanel, le capitaine Kirk Lagerfeld, tout droit sorti de Star Trek, a créé un futur rêveur – avec des super-héroïnes galactiques dans des robes de cocktail brillantes, façon nuit étoilée, et des manteaux argentés en peau de mouton.

Chez Valentino, la vision d'un féminisme romantique de Pierpaolo Piccioli a mélangé la réserve victorienne avec les couleurs Pop Art du mouvement italien Memphis, pour de superbes caftans longs, robes et manteaux.

A travers la ville, les collections ont marqué le retour des épaulettes des années 1980, comme dans le grand show d'ouverture de la saison, celui de Saint Laurent Paris. Le directeur créatif, Anthony Vaccarello, a fait preuve d'un romantisme brutal avec des robes cocktail en cuir verni à gorge profonde, ou encore des smokings aux épaules en cotte de mailles avec de très longs gants en agneau montant bien au-dessus des coudes. Rien de soumis en ce qui concerne ces femmes. A la fin de la semaine toutefois, l'Autorité de régulation de la publicité a demandé à la maison de retirer sa dernière campagne « porno chic », qui montrait une femme jambes écartées en collant résille, au motif qu'il s'agissait « d'une représentation dégradante et humiliante de la personne ».

Partout ailleurs, ceci étant, la tendance dominante était à un féminisme coloré et romantique : d'énormes manteaux enveloppants combinant motifs floraux et couleurs ethniques chez Dries Van Noten – un recueil d'imprimés portés par une sélection multiethnique de mannequins parmi les plus connues, aux redingotes masculines en laine assorties à des chemisiers de dentelle chez Lanvin, qui étaient à la fois affirmées et féminines.

L'inspiration athlétique s'est aussi vue en abondance – en particulier lors du show très Girl Power de Fenty x Puma, la collaboration de Rihanna avec le géant allemand du sportswear. La star de la chanson a littéralement fait déambuler ses modèles sur les tables de lecture de la Librairie nationale de la rue de Richelieu, avec une séance de déchirure de livres à l'issue du défilé. Qu'est-ce que le Cardinal aurait pu penser de tout cela ? 


Une mode Girl Power pour Fenty x Puma de Rihanna - automne-hiver 2017 - femme - Paris - © PixelFormula

Partout, il y avait aussi une tendance folklorique – avec des sweaters en Aran chez Saint Laurent et de rudes robes de tartan ou des bombers indiens chez Louis Vuitton – même si le tout s'est fondu dans un ensemble urbain et moderne pour la femme créative, toujours en mouvement.

En raison des attaques terroristes sur le sol français, la Chambre syndicale de la mode a travaillé étroitement avec la préfecture de police de Paris pour rassurer des visiteurs lors de cet événement à haute visibilité. La sécurité était stricte pour l'ensemble des défilés, y compris pour les présentations plus modestes, comme le 30e anniversaire d'A.P.C., où une douzaine de policiers étaient visibles à l'extérieur dans la rue Madame. Alors que pour les défilés plus importants, des groupes de policiers en civil s'étaient dispersés dans la foule aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Par ailleurs, même si la participation des grands magazines, des acheteurs de grands magasins et des influenceurs sociaux paraissait élevée, de nombreux showrooms ont déploré la faible présence des propriétaires de boutiques internationales.

Aucune Fashion Week n'est complète sans ses polémiques et cette saison, il s'est agi notamment des allégations concernant le directeur de casting James Scully, qui aurait fait attendre de jeunes modèles dans un escalier froid et sombre, alors que la directrice du casting de Balenciaga était partie pour un déjeuner de trois heures. Par ailleurs, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Lanvin aurait appelé trois agences de modèles pour leur recommander de ne pas leur envoyer de modèles issus de minorités.

En conséquence, Balenciaga a remercié sa directrice de casting, Maida Gregori Boina, même si cette dernière a clamé son innocence avec véhémence. En outre, la seconde accusation aurait fortement déplu à Bouchra Jarrar, la directrice de la création de Lanvin. Le 1er mars, à l'issue du défilé organisé à la mairie de Paris, elle a déclaré à FashionNetwork.com : « Comment quelqu'un peut-il sérieusement suggérer que nous ayons fait cela ? Accuser notre Maison de racisme. Je pense que nous sommes assez intelligents pour savoir qu'un créateur à Paris ne peut pas faire quelque chose comme cela ! » D'ailleurs, la vedette du défilé était la top modèle portoricaine Joan Smalls.


Joan Smalls défilant à la mairie de Paris pour Lanvin - automne-hiver 2017 - femme - Paris - © PixelFormula

Dimanche matin, le 5 mars, de petits groupes de manifestants étaient présents devant Balenciaga, protestant contre ce qu'ils considèrent comme le faible nombre de modèles issus de minorités dans les défilés parisiens. Ironiquement, la top modèle soudanaise Alek Wek défilait pour Balenciaga, éblouissante dans une robe de velours noir ornée d'un énorme nœud en taffetas. Elle a même posé pour Instagram sous la pluie – une pluie qui est tombée toute la semaine dans la capitale, avec un bouquet de fleurs que Balenciaga a offert à l'ensemble des mannequins.

En fait, cette saison parisienne était celle de l'inclusion. Où les créateurs se sont exprimés très publiquement contre le chauvinisme et contre les restrictions au voyage décrétées par Donald Trump. Lors du Prix LVMH, à l'intérieur du siège du groupe de luxe, une des concurrentes, Maria Jahnkoy – née en Sibérie mais basée à New York –, déclarait sur Skype : « J'avais trop peur de quitter New York pour Paris, de peur qu'ils ne me laissent pas rentrer ! »


MariaJahnkoy, créatrice new-yorkaise d'origine russe, a fait part de ses craintes face aux restrictions au voyage imposées par le gouvernement américain - Godfrey Deeny

Laissez Nicolas Ghesquière de Louis Vuitton monter un manifeste pour l'inclusion et en faveur de l'immigration à la Cour Marly du Louvre – le premier défilé à avoir été organisé dans le plus beau musée du monde.

Son défilé a fait tomber les frontières entre les sexes, les villes et les pays, le jour et la nuit, et même au sein de son propre casting. Le créateur, selon ses propres mots, « souhaitait montrer, grâce à la mode, que l'immigration a toujours été incroyablement importante pour l'évolution de la civilisation ». Son défilé pour Louis Vuitton comprenait cinq modèles d'origine asiatique et six d'ascendance africaine. Pour votre information, les noms de ces dernières sont : Janaye Furman, Theresa Hayes, Shelby Hayes, Manuela Sanchez, Selena Forrest et Elibeidy Danis.



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