Christopher Raeburn, le crack de la mode écolo

Londres (Royaume-Uni), 13 avril 2018 (AFP) - Il transforme les parachutes en robes tulle, les couvertures militaires en parkas d'hiver : entre les mains du designer britannique Christopher Raeburn, tissus oubliés et matières improbables retrouvent un second souffle... et les podiums des Fashion Week.


Le designer Christopher Raeburn dans son atelier londonien à Hackney, le 16 mars 2018 - TOLGA AKMEN / AFP

Il y a de prime abord deux choses frappantes chez le créateur de 35 ans : sa taille (1,97 m, « presque un géant », dit-il) et sa bonne humeur. « Nous vivons des temps difficiles, politiquement et socialement parlant », souligne-t-il en citant notamment l'incertitude du Brexit. « Mais si vous essayez de faire le bien, d'être optimiste, alors de bonnes choses se produisent. »

Présent sur la scène londonienne depuis une dizaine d'années, ce diplômé du prestigieux Royal College of Art s'est rapidement distingué au sein de la nouvelle garde britannique grâce à un streetwear vitaminé, moderne et écolo. La marque Christopher Raeburn, résume-t-il pour l'AFP, « ne fait que trois choses : reconstruire, recycler ou réduire (le gaspillage) ».

Pas étonnant finalement que le créateur ait installé son atelier dans les ex-locaux de Burberry, au beau milieu d'un ancien quartier industriel de l'est londonien. L'endroit est un open space confortable et lumineux peuplé de machines à coudre, de tables à repasser, de bobines de fils et rouleaux de tissus. Ce jour-là, une poignée de couturières, mètre ruban autour du cou, y confectionnent des animaux en tissu, une spécialité du styliste.

Un radeau, des manteaux

A l'abri dans de grandes armoires blanches sont conservées des pièces des collections passées, comme cette veste militaire « déconstruite et retravaillée » provenant d'un uniforme de garde du palais de Buckingham. Car plutôt que de contribuer à cet « incommensurable gaspillage » des matières qu'il dénonce, Christopher Raeburn préfère « refaire » en insufflant une nouvelle vie à des vêtements ou objets abandonnés. « On ne peut pas continuer à consommer comme nous le faisons », juge-t-il : les designers ont le devoir de proposer de « meilleurs choix » aux consommateurs.

Ses matières premières, il les trouve en chinant, en explorant les méandres du Web, en important de l'étranger, en fouinant dans les surplus militaires, mais aussi en activant de mystérieuses filières dont il garde jalousement le « secret ».

TOLGA AKMEN / AFP

« On me demande souvent si je ne crains pas d'être un jour à court (de matériaux). Mais il y a tellement de choses disponibles que c'en est effrayant », souligne le créateur. Un exemple ? Les combinaisons de survie utilisées pour sa dernière collection, présentée en janvier à la Fashion Week de Londres : « Il y en a des milliers qui prennent la poussière sur des étagères et finissent à la poubelle », dit-il. Ou encore ce radeau de survie d'une demi-tonne, transformé en manteaux, sacs et blousons.

Ouvrant un tiroir, Christopher Raeburn sort un fin carré de tissu clair soigneusement plié : « C'est une carte en soie des années 1950 », conçue pour les pilotes de la Royal Air Force, explique-t-il. « Elles étaient imprimées sur de la soie, plutôt que sur du papier, qui s'abîme facilement ». Un demi-siècle et quelques coups de ciseaux plus tard, Christopher Raeburn en a fait des robes chemise, des anoraks, des tee-shirts et des pantalons sarouel.

Cet art de travailler la matière, le créateur le tient de son enfance, passée « au milieu de nulle part » dans le sud-est de l'Angleterre, non loin du lieu qui inspira la « Forêt des rêves bleus », le pays de Winnie l'ourson. « Pendant la semaine, mon père (...) nous demandait de faire des plans d'un objet, un robot, une cabane, que nous construisions ensuite le week-end. »

Convaincu qu'il faut « mettre en pratique ce que l'on prêche », le créateur se rend au travail en vélo, mais refuse toutefois d'endosser la cape de « militant » écologiste. « Je me considère plutôt comme un entrepreneur pragmatique », soucieux du monde qu'il laissera aux prochaines générations, dit-il. Certes, reconnaît-il, ce fonctionnement ne va pas sans quelques complications pécuniaires: la vertu écologique a un coût. « Chaque jour est un défi », souligne-t-il. « Mais c'est ce qui rend la vie intéressante. »

Par Edouard Guihaire

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