Henri-Philippe Durlet (Noyon Dentelle) : "Aucun client ne nous a laissé tomber"

Un an et demi après la reprise de la société devant le tribunal par un consortium de soutiens, Noyon se projette vers l'avenir. A l’occasion du salon Interfilière, qui s'est tenu en ce début de mois de juillet à Paris, le président du dentellier calaisien, Henri-Philippe Durlet, revient pour FashionNetwork.com sur l’année de transition connue par la structure, désormais financièrement épaulée par des sociétés comme La Perla, Etam, Van de Velde ou le sri-lankais Mas Holding notamment. Et le responsable de livrer quelques pistes stratégiques pour les prochaines années.


Henri-Philippe Durlet - MG/FNW

FashionNetwork.com : En quoi a consisté la phase de transition pour l’entreprise Noyon ?

Henri-Philippe Durlet 
: Noyon Dentelle est née à la suite de la liquidation de la société Lucien Noyon, détenue par la famille Noyon. Nous avons réuni pour ce projet des actionnaires clients, mais aussi la famille Noyon, qui a réinvesti dans la structure, et un groupe de salariés et connaissances de la société. Nous avons donc six actionnaires, qui ont repris le personnel et les équipements. Nous sommes dans notre seconde année d’existence sous cette forme, sachant que les 100 années d’histoire qui nous précèdent sont un appui important en matière de continuité.

FNW : Vos marques clientes vous ont-elles suivi ?

HPD : Nous avions quelques craintes, notamment parce que nous intégrions quelques grands comptes comme actionnaires. Mais ces derniers se sont engagés à travers un code de conduite public à s’interdire toute question sur les ventes réalisées auprès des autres marques et donc leurs concurrents. De toute manière, ces marques n’avaient pas investi pour cela, mais pour la pérennité d’une entreprise, d'emplois et de savoir-faire. Quant aux autres clients, certains ne pouvaient ou ne voulaient pas investir dans la société. Mais aucun client ne nous a laissé tomber.

FNW : Quel est votre poids, aujourd’hui, en termes d'emplois ?

HPD : Quand la transition s’est faite, la société sortait d’un plan social qui a ramené l’équipe de 235 à 170 personnes. A ce jour, nous sommes 175, nous avons un tout petit peu plus de personnel qu’à la reprise. En termes d’organisation, l’élément important est l’embauche récente d’un directeur général adjoint, Sébastien Bento Soares, qui a du métier, 23 ans dans la dentelle, et arrive avec la perspective de reprendre à terme l’intégralité des opérations de direction générale. Je suis actuellement président, mais je fais office de directeur général. Je resterai à la présidence tant que les actionnaires le voudront. J’ai surtout assuré la continuité.

FNW : Et le chiffre d’affaires ?

HPD : Nous sommes en ligne avec ce qui était prévu. L’an passé, nous étions à 13,5 millions environ, là où nous avions prévus 12 millions lors de ce premier exercice, puis 13 et 14 aux suivants. Nous avons donc fait mieux, mais pas dans le mix voulu. Ce fut une bonne année en lingerie, mais une mauvaise année en prêt-à-porter et haute couture. Nous souhaitions développer l’activité dentelle pour la couture, après de bonnes années 2015 et 2016 dans ce domaine. Mais malgré le démarrage d’une nouvelle structure, nous avons peut-être inquiété les grandes maisons en 2017. Heureusement, la lingerie a surcompensé. En 2018, c’est un peu le contraire. Nous avons été prudents sur la robe et ça se passe bien. Par contre, en leavers pour la lingerie, c’est plus compliqué.

FNW : Pour quelles raisons ?

HPD : Il y a un facteur particulier qui est que, comme vous le savez, la marque La Perla a été vendue en début d’année. La marque fait partie de notre tour de table et est un grand compte pour la lingerie leavers. Elle se retrouve aujourd’hui un peu en retrait par rapport à cette modification de l’organisation. Leur actionnaire a changé. L'impact sur les commandes s’est ressenti aussi chez pas mal de nos confrères fournisseurs de matières, quels qu’ils soient.

FNW : Quel est aujourd’hui votre objectif ?

HPD : Nous nous donnons comme objectif raisonnable d’arriver à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, ce qui serait une grosse croissance par rapport à 2017, mais en rééquilibrant l’activité avec un tiers robe, un tiers lingerie et un tiers tricotage. On veut continuer à développer l’activité robe. Et garder le leavers pour la lingerie, où l’offre doit être de plus en plus sophistiquée, tirée vers le haut, car la concurrence des produits en provenance d’Asie est de plus en plus difficile. Les technologies évoluent et le leavers doit donc aller encore plus loin. Quant au tricotage, nous pensons qu’il y a en Europe des capacités de développement.

FNW : Pour quelles raisons ?

HPD : Nous sommes insuffisamment présents sur le marché. Car il y a encore des marques européennes qui souhaitent des approvisionnements de proximité. Je pense que l’on pourrait faire davantage, avec des collections adaptées et un service de proximité sur de petites séries. Et de la fonction au Maghreb pour permettre à ces marques de travailler des matériaux certes plus chers qu’en Asie, mais qui évitent les droits d’entrée en Europe. Les marques connaissent ces possibilités, mais choisissent quand même de produire en Euromed, c’est bien qu’il y a une raison. Donc on ne peut pas être absent du tricotage.

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