L'Oréal se défend face aux soupçons de travail forcé concernant ses sous-traitants

Le géant français des cosmétiques L'Oréal a affirmé jeudi sa « tolérance zéro » à l'égard du travail forcé dans sa chaîne d'approvisionnement et surveillera de près ses fournisseurs de mica, après la publication d'un rapport accablant qui divulgue les soupçons d'esclavage qui pèsent sur les sous-traitants du groupe.


Maybelline est l'une des marques de maquillage contrôlées par le groupe L'Oréal - L'Oreal

Le rapport publié par CORE, un organisme indépendant spécialisé dans la responsabilité des entreprises, affirme que certaines des marques les plus puissantes de la planète, L'Oréal notamment, étouffent les risques de travail forcé qui existent dans le secteur de la production de mica, un minéral brillant utilisé dans la fabrication des maquillages.

Pourtant, le signalement de ces risques est rendu obligatoire par le Modern Slavery Act (loi sur l'esclavage moderne) voté au Royaume-Uni en 2015, qui impose aux grandes entreprises la publication d'un rapport annuel présentant les actions diverses menées pour combattre le travail forcé dans leurs chaînes d'approvisionnement.

On estime que 24,9 millions de personnes sont soumises au travail forcé dans le monde, tandis que presque un enfant sur dix est victime du travail infantile, selon l'Organisation internationale du travail. Ces dernières années, les grandes entreprises - depuis les détaillants de vêtements jusqu'au secteur de l'alimentation - ont dû répondre à une pression de plus en plus forte de la part du législateur, de la société et des consommateurs, afin de s'assurer que leurs chaînes d'approvisionnement sont totalement débarrassées de travail forcé et/ou infantile.

L'Oréal a affirmé qu'un rapport sur ses fournisseurs de mica indiens est présent sur son site et que sa déclaration obligatoire dans le cadre du Modern Slavery Act est assurée par cette publication. « Chez L'Oréal, nous prenons ce sujet très au sérieux et nous appliquons une politique de tolérance zéro à l'égard de n'importe quel type de travail forcé, et notamment à l'encontre l'esclavage moderne », s'est défendue le groupe français dans un e-mail à la Thomson Reuters Foundation.

En coulisses de l'événement One Young World à Bogota, qui réunit des jeunes leaders de demain, un cadre dirigeant de L'Oréal a réaffirmé que l'entreprise a pleinement conscience des risques de travail infantile dans les mines de mica indiennes. « Nous sommes parfaitement au courant de la question du mica. Nous travaillons sur ce problème depuis des années. Nous coopérons avec des organisations non-gouvernementales locales afin de régler cette situation », a précisé à la Thomson Reuters Foundation Emmanuel Lulin, vice-président et directeur des questions d'éthique pour L'Oréal.

Le mica, utilisé pour les peintures automobiles et les cosmétiques, est extrait de mines situées dans des régions rurales indiennes d'une extrême pauvreté, où les familles n'ont parfois pas d'autre choix que d'envoyer leurs enfants travailler pour survivre. Le mica extrait en Inde ne représente qu'un « minuscule pourcentage » du mica utilisé par L'Oréal, qui se fournit principalement en Amérique du Nord et en Amérique latine, selon Emmanuel Lulin. Le « nombre limité de fournisseurs » indiens de L'Oréal exploitent des mines légales, où les conditions de travail et les droits de l'homme sont étroitement surveillés, selon le site Internet de l'entreprise. Le travail des enfants est plus fréquent dans les mines illégales.

Emmanuel Lulin a aussi précisé que L'Oréal a subi des milliers d'audits indépendants - 1 000 l'année dernière - qui ont analysé plusieurs problèmes comme la corruption ou le travail infantile. L'Oréal possède notamment Garnier et Maybelline.

Traduit par Paul Kaplan

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