Patrick Chalhoub : "Le marché du luxe au Moyen-Orient va encore stagner deux ans"

Après Londres et avant Paris, Patrick Chalhoub, co-PDG du groupe de distribution golfique Chalhoub, a fait étape à Milan ce mercredi 11 avril pour présenter son 6ème livre blanc consacré cette année au secteur de la beauté. L’occasion de dresser un bilan avec FashionNetwork.com sur le marché du luxe au Moyen-Orient, estimé autour de 13 milliards d’euros par le cabinet Bain & Company et de parler des nouveaux projets du groupe, à la veille du lancement de son partenariat avec la place de marché anglaise Farfetch.


Patrick Chalhoub - Chalhoub Group

FashionNetwork.com : Comment se porte le marché du luxe dans la région du Golfe ?

Patrick Chalhoub :
Nous avons eu deux années très difficiles avec une baisse des ventes de l’ordre de 1 à 2 %. Plusieurs facteurs ont contribué à ce recul. A commencer par la chute des prix du pétrole. Cela a engendré la baisse des subventions sur les matières premières et en conséquence l’inflation. Le PIB n’a progressé que de 1% en 2017 dans la région. Le marché a aussi souffert de la hausse du dollar. A cela s’ajoute une baisse de confiance de la part des consommateurs liée aux tensions géopolitiques locales, avec les conflits au Yémen et en Syrie.
 
FNW : Quel est le principal marché de la région ?

PC :
Ce sont les Emirats arabes unis. Mais la première nationalité à acheter des produits de luxe dans les pays du Golfe est celle des Saoudiens.
 
FNW : Comment voyez-vous l’avenir ?

PC : Le luxe va encore stagner au Moyen-Orient dans les deux années qui viennent. L’introduction de la TVA dans certains pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ne va pas arranger les choses. Cependant, le marché est en train de se modifier radicalement avec la montée en puissance de consommateurs de plus en plus jeunes et l’arrivée en force du digital. Des éléments qui sont en train de changer la donne. (lire notre article illustrant ce phénomène dans le secteur de la beauté).

 
FNW : Vous avez lancé l’e-commerce depuis peu et venez de signer un partenariat avec Farfetch. Où en êtes-vous ?

PC :
Nous avons débuté avec Farfetch en février, mais le lancement officiel est prévu pour le 1er mai. Nous allons leur apporter nos connaissances sur le marché du Moyen-Orient et, eux, leur savoir-faire dans le digital. Nous allons démarrer avec nos trois enseignes Level Shoes, Level Kids et Tryano. L’idée étant par la suite d’étendre cette collaboration à d’autres boutiques. Nous avons commencé dans l’e-commerce en 2015 en lançant le site marchand de notre marque de beauté Wojooh, puis ce fut au tour en 2016 de l’e-shop de Sephora Middle East, suivi de L’Occitane. Cette semaine, nous avons lancé, toujours dans la région, celui de la marque de cosmétique anglaise Molton Brown et nous avons programmé celui de notre label de parfums orientaux Ghawali en 2018.
 
FNW : Le groupe Chalhoub a étendu ses activités en dehors du Moyen-Orient, en Inde et récemment en Amérique du Sud.  Quelle est la stratégie derrière ces actions ?

PC :
Nous avons ouvert il y a une dizaine d’années le marché indien, car il se situe à moins de trois heures de Dubaï, où nous avons notre siège. Nous y avons implanté notre propre société, Tarz Distribution, spécialisée dans la commercialisation de parfums. Aujourd’hui, nous avons atteint une part de 18 % en Inde sur le marché de la distribution structurée de parfums. Pour ce qui est du marché sud-américain, il s’agit avant tout d’un investissement via un partenariat avec le groupe Saint-Honoré, basé au Panama et spécialisé dans la distribution de marques de luxe, qui est un peu notre équivalent en Amérique latine.
 
FNW : En tant que distributeur, comment voyez-vous l’avenir des boutiques physiques ?

PC :
Pour nous, l’e-commerce est un nouveau levier de croissance important. Cela ne signifie pas pour autant la fin les boutiques. Les jeunes consommateurs aiment toucher les produits. Mais, comme moi, ils ne veulent pas perdre de temps. Quand j’achète sur le web, on connaît déjà ma taille et mes goûts, je n’ai pas besoin de faire la queue pour payer, ni de porter mes paquets ! Il est clair que les magasins doivent se réinventer. Aujourd’hui, pour rendre une boutique intéressante, il faut proposer d’autres services et des expériences capables de séduire ce client pressé. A ce moment-là, il n'hésitera pas à passer deux heures en magasin.
 
FNW : Comment se porte votre groupe qui a souffert de la crise ?

PC :
Nous sommes une entreprise familiale, qui ne communique pas sur les chiffres. Je peux juste vous dire qu’aujourd’hui, nous employons 14 000 personnes dans 14 pays et nous comptons plus de 700 boutiques.

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