A Londres, les paniers de Noël font un pied de nez à la crise

LONDRES, 12 déc 2008 (AFP) - Le chômage augmente, le pouvoir d'achat diminue, des chaînes de distribution font faillite mais, à Londres, les "paniers de Noël" continuent à faire assaut de luxe. Le plus onéreux vient de battre un record, avec un prix affiché de près de 30 000 euros.


Photo : Norbert Millauer/AFP

Un magnum de Veuve Clicquot Ponsardin 1990, un autre de château Margaux 1997, un kilo de foie gras, deux de caviar... Le panier de Noël "Snow Queen" ("Reine de la neige") est un véritable défi à la crise. Il déborde de produits plus opulents les uns que les autres, à tel point qu'il faut en fait trois paniers pour les contenir. A 25 000 livres (30 000 euros), il dépasse le salaire annuel du Britannique moyen.

Il est vrai que le magasin Fortnum & Mason, qui est le premier à offrir un panier à ce prix-là, n'a jamais fait dans la modestie. L'enseigne, située sur la prestigieuse artère Piccadilly de Londres, affiche un luxe ostentatoire destiné à faire passer son grand rival Harrods pour un vulgaire Tati.

Gelée de pétales de rose, marmelade au cognac, whisky trente ans d'âge débordent de corbeilles exposées sous des sapins rutilants dorés ou argentés. Des couples respectables font la queue devant les bureaux de bois vernis où des vendeurs en costume noir et blanc prennent les commandes.

"C'est toujours Noël, après tout!", lance un sexagénaire en manteau Tweed, visiblement étonné qu'on puisse lui demander si la crise a réduit son budget. Il partira en maugréant, non pas du prix de son panier (500 livres), mais de son poids.

Les Christmas Hampers continuent à attirer le chaland, assure Kimberley Power, une porte-parole de F&M. Et même dans sa version à 25 000 livres. "Le panier Snow Queen intéresse une clientèle chic", assure-t-elle, se refusant cependant à donner des chiffres de vente.

Tandis que les paniers de Harrods culminent toujours à 5 000 livres, F&M devait se démarquer, estime Mme Power, qui rappelle que c'est Fortnum qui a "inventé" le "Christmas Hamper".

L'enseigne, fondée en 1705, annonçait dans les journaux de l'époque les bienfaits de ses colis, chargés de miel et de fruits secs, pour les combattants au front. F&M se targue ainsi d'avoir participé à la victoire des Anglais à Waterloo en 1815 sur les troupes napoléoniennes.

Aujourd'hui, les "Christmas Hampers" sont à l'Angleterre ce que la bûche de Noël est à la France : une institution. Corbeilles en osier à l'allure de paniers de pique-nique ("hampers" en anglais), elles réunissent toutes sortes de cadeaux dans le but plus ou moins réussi de faire plaisir.

F&M n'est pas le seul à prendre le contre-pied de la crise. Harvey Nichols a lui aussi augmenté le prix de son panier le plus cher, dorénavant offert à 2 500 livres (3 000 euros). "La récession n'a jamais été aussi bonne", assure le slogan de Harvey pour les Fêtes.

Selfridges, la grande enseigne de la mode sur Oxford Street, fait également le pari que seul un vent de folie peut chasser le spleen qui s'éprend du consommateur.

Le magasin offre ainsi un nouveau panier à 1 000 livres conçu par Anya Hindmarch, la célèbre accessoiriste qui avait lancé le sac réutilisable "I'm not a plastic bag" ("je ne suis pas un sac en plastique"). Aux côtés d'une quarantaine de vernis à ongle et d'une bouteille de champagne, il offre du chocolat chaud, des marshmallows, un Ipod nano...

"Lors d'une récession, les gens continuent à vouloir se faire plaisir", analyse pour l'AFP Paul Buckley, psychologue de la consommation à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles.

Le pari réussira-t-il? Difficile à dire, aucun des magasins ne divulguant de chiffres. Mais là n'est pas la question, assure M. Buckley. "Beaucoup de magasins offrent ces paniers probablement pas tellement pour les vendre. Selfridges en avait offert un très cher l'an passé et personne ne l'a acheté".

Par Loïc VENNIN

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