Avec Thunderstone, Arthur de Soultrait veut faire entrer le digital dans les multimarques

Depuis quelques semaines, le multimarques L’Exception du quartier des Halles propose une nouvelle expérience de shopping via une borne interactive de deux mètres de hauteur, sorte de gros smartphone intégrant un écran et proposant le catalogue de produits d’une dizaine de marques de prêt-à-porter et chaussures distribuées par le magasin. 


La borne interactive Thunderstone

En quelques clics, le consommateur accède au stock disponible des marques distribuées par L’Exception et peut acheter la pièce manquante au magasin. Problème de taille, de coloris, rupture de stock, la borne ouvre la possibilité de commander la bonne pièce et de se faire livrer en magasin quelques jours plus tard.  
 
Premier à avoir testé le nouveau service Thunderstone, Régis Pennel voit là « la confirmation de la logique omnicanale (site online et magasin physique) engagée par L’Exception depuis ses débuts et son envie de développer encore davantage des solutions phygitales ». « L’accès en temps réel aux stocks des marques distribuées offre un vrai complément de gamme en magasin. Finies les problématiques de rupture de stock ou d’absence de taille. L’implantation d’une borne représente aussi une vraie animation en magasin, les détaillants indépendants appréhendent facilement le système et la redistribution de la marge (le service s’octroie une commission de 10 % HT sur les ventes via la borne, ndr) reste intéressante pour nous. »
 
Lancé en avril 2018 par Arthur de Soultrait, fondateur et ancien dirigeant de Vicomte A. - marque qu'il a distribué pendant une dizaine d’années à travers 42 pays, 650 points de vente multimarques, 38 boutiques officielles et 40 corners grands magasins -, le projet Thunderstone devrait capitaliser sur l’expérience acquise dans le retail et le wholesale.

Il y a quelques années, de nombreuses enseignes avaient largement investi dans de grands écrans et tables tactiles. La plupart ont fait machine arrière sur ce sujet, ces écrans digitaux en magasins n'ayant pas de contenus ou de services associés et les équipes de vente ne s'étaient pas appropriées l'outil. La société française semble s'être prémunie de l'effet gadget et avoir trouvé un débouché très pratique et fonctionnel.

« La mutation des multimarques étant profonde, notre service répond à de vraies attentes et permettra d’en finir vraiment avec les ventes perdues, un manque à gagner pour les détaillants estimé à 30 % du chiffre d’affaires de la boutique », estime Arthur de Soultrait. Une solution qui représente tout de même un investissement pour le détaillant. Pour se procurer une borne, celui-ci devra verser une redevance de 146 euros par mois sur trois ans ou payer comptant 4 000 euros. 
 

Arthur de Soultrait

Un prix qui, selon certains détaillants contactés ayant déjà souscrit au service, pourrait être vite amorti. « Nous devons nous réinventer, tenter de faire revenir le client en magasin, estime Sandrine Finkeltin Benyahia, à la tête du multimarques Orly à Toulouse. Cette nouvelle solution peut non seulement être une réponse à nos problèmes de stock et de trésorerie, mais elle peut aussi faire augmenter notre chiffre d’affaires et peut faire évoluer, grâce au catalogue de marques affiliées, ma sélection. »
 
C'est aussi là un des arguments du concept. Le multimarque, sous certaines conditions, peut avoir accès au catalogue de marques qu'il ne distribue pas, mais qui sont présentes dans le réseau de Thundersone. « Cela pourrait ainsi ouvrir d’autres développements et encourager les magasins à affiner leur sélection ou à être davantage créatifs », précise Arthur de Soultrait. 

Souvent préoccupés par l'étendue de l'offre disponible sur Internet, les multimarques sont en effet en recherche de solutions leur permettant d'apporter des réponses plus précises à leur clientèle. « L’univers des multimarques est en mutation. Avant, nous avions l’habitude de faire nos achats six mois en amont, nous vendions et ce qui restait passait en soldes, analyse Inès de Bréchard, propriétaire du multimarque Aubrun (qui distribue notamment Ralph Lauren, Lacoste et Hugo Boss, ndr). Mais la gestion du stock est devenue impossible et trop lourde à assumer financièrement lorsqu’on ne bénéficie que d’un seul magasin, sans compter les marques en exclusivité qui exigent de grosses commandes, nous essayons donc de limiter les risques en achetant "classique" sans prendre de parti pris créatif. »
 
Confessant devoir répondre aujourd’hui au plus près des demandes de ses clients, Inès de Bréchard confirme que « si un client ne trouve pas dans sa boutique une taille ou un coloris, il part sur le site de la marque en question pour passer commande et nous perdons la vente ; de nouvelles solutions pourraient permettre de ne pas perdre ces ventes à condition que les marques que je distribue soient toutes partenaires ».
 
Des marques qui pourraient trouver multiples intérêts, dont celui d’élargir leur réseau de distribution et de fidéliser leur client, « le tout étant de veiller à ne pas concurrencer nos propres réseaux de vente », explique le fondateur de Fusalp, Alexandre Fauvet.

Un dernier point qui devrait décider de l’avenir de Thunderstone. « Fin 2019, plus d’une centaine de marques nous auront rejoints, détaille Arthur de Soultrait, des grandes marques et enseignes à l’image de National Standard, Fusalp, Pyrenex, Kway, Gant, Hackett, ou Havaianas ont déjà franchi le pas, et l’horizon 2021 devrait dépasser les 300 marques », le nerf de la guerre, pour convaincre les multimarques de s’approprier le service.

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