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Publié le
16 mars 2021
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4 minutes
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Birmanie: des usines textiles au cœur de la contestation

Publié le
16 mars 2021

Le pouvoir militaire birman a instauré la loi martiale dans six zones regroupant des usines à capitaux chinois, et officiant principalement dans l'univers du textile-habillement, Pékin étant soupçonné par les manifestants de soutenir le coup d'État.


Les membres de la Federation of Garment Workers Myanmar (FGWM) appelant les marques à prendre position face au coup d'Etat - FGWM



"La Chine exhorte le Myanmar à prendre de nouvelles mesures efficaces pour mettre fin à tous les actes de violence, punir les auteurs conformément à la loi et assurer la sécurité de la vie et des biens des entreprises et du personnel chinois au Myanmar", a exhorté en début de semaine l'Ambassade de Chine au Myanmar, qui a confirmé que plusieurs usines à capitaux chinois ont été ciblées par des groupes de personnes ayant dégradé et mis le feu aux locaux.

À Rangoun, les quartiers de Hlaingthaya et Shwepyitha ont été placés sous loi martiale durant le week-end. Et bientôt rejoints par les zones de North Dagon, North Okkalapa, South Dagon et Dagon Seikkan. La journée du dimanche 14 mars aurait été l'une des plus sanglantes depuis le coup d'État, selon CNN, qui évoque au moins 38 décès de manifestants, sur les 126 morts recensés depuis l'action militaire. Si la Chine n'a pas directement condamné le coup d'État, elle a soutenu la prise de parole des Nations Unies condamnant fermement "les violences contre manifestants pacifiques" et appelant l'armée à "exercer la plus grande retenue".

Le coup d'État ne sera pas sans conséquence à court et moyen termes sur l'activité birmane liée à l'habillement-chaussure. "La situation des Rohingyas et les problèmes de droits de l'homme au Myanmar ont rendu les investissements moins attrayants pour les entreprises occidentales que pour la Chine", expliquait dès février Lucas Myers, analyste pour Woodrow Wilson International. De son côté, le président de l'American Apparel & Footwear Association, Stephen Lamar, indiquait que de nombreuses marques de l'organisation sont en lien avec la Birmanie, et trouvent ce coup d'État "profondément inquiétant".

Et les conséquences n'auront pas tardé. Début mars, le groupe suédois H&M a finalement annoncé qu'il suspendait la prise de commandes auprès de ses fournisseurs birmans, au nombre de 45 selon la liste mise à disposition par l'entreprise. Le 15 mars, c'est le groupe italien OVS qui emboitait le pas de son compatriote Benetton en indiquant également suspendre ses passages d'ordres en Birmanie. Fast Retailing (Uniqlo) a pour l'heure seulement confirmé que deux usines d'un de ses partenaires locaux ont été incendiées à Rangoun. L'Irlandais Primark est lui au cœur d'une polémique lancée par le Guardian. Le journal rapporte que, le 18 février, un fournisseur de la marque aurait séquestré son millier d'employés pour les empêcher de rejoindre les manifestations. Primark a annoncé lancer une enquête, et suspendre son approvisionnement depuis le pays.

La Birmanie, un eldorado textile compromis ?



La prise pour cible des usines chinoises installées en Birmanie s'inscrit dans un sentiment préexistant de défiance face à la Chine. Alors que l'Empire du Milieu décidait d'augmenter son salaire minimal vers la fin des années 2000, nombre d'industriels chinois avaient entrepris de délocaliser des productions vers des pays voisins à bas coûts. La Birmanie, alors en pleine phase d'industrialisation, et forte de bas salaires, était alors une alternative de choix. Faisant au passage naître la crainte d'une mise sous tutelle économique chinoise. Mais la Chine n'était pas la seule à suivre cette logique: Singapour passait en 2014 devant elle en termes d'investissements, en raison des massifs fonds investis depuis les États-Unis via la cité-Etat.


Martje Theuws/SOMO



Et la Birmanie n'a pas déçu. En moins de 10 ans, le pays est par exemple devenu le neuvième fournisseur de l'Union européenne en habillement, avec 2,4 milliards d'euros de marchandises en 2019, en hausse de 43%. Le pays a même ravi la huitième place au Maroc à l'occasion du difficile exercice 2020. Le marché du textile-habillement pèserait désormais à lui-seul 65% des exportations du pays. Le marché emploierait 1,5 million de Birmans, et devrait rapidement passer le cap des 2 millions dans les années à venir. Poussant certains observateurs à estimer que les groupements de travail textile jouent aujourd'hui un rôle-clef dans la structuration de la contestation birmane.

En 2017, un rapport du Somo (Center for Research on Multinational Corporations), et relayé en France par le collectif Éthique sur l'Étiquette, pointait les difficiles conditions de travail et subsistance des travailleurs textiles locaux.
 

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