Daniel Essa, réfugié syrien et styliste ambitieux

Villeneuve-d'Ascq, 9 mai 2018 (AFP) - Le sourire éclatant et la barbe parfaitement taillée, Daniel Essa soigne chaque détail. Ancien présentateur de télévision à Damas réfugié en France, il démarre une nouvelle vie avec une marque de baskets de luxe, suscitant l'intérêt de vedettes américaines.


Paire de chaussures issue de la première collection - Daniel Essa

C'est dans son petit pavillon de Villeneuve d'Ascq (Nord), que ce féru de mode vit désormais, loin de ses proches restés à Marmarita dans les montagnes syriennes près du Liban, fuyant les bombardements de Homs. « Lorsque la guerre est arrivée, c'était obligatoire de partir », raconte en français à l'AFP ce réfugié syrien, issu d'une famille chrétienne.

Malgré l'opposition de ses parents, cet ancien enseignant de mode, animateur TV et d'une chaîne de beauté sur YouTube rejoint l'Espagne début 2013. Une étape avant sa destination rêvée : Paris, référence de « l'élégance sans effort », pour lancer une ligne de chaussures.

« Quand j'étais petit, ma grand-mère m'a appris à faire de la couture », contre l'avis de ses parents, directrice d'école et professeur de mathématiques, pour qui ce n'était pas un « métier d'homme », se souvient ce trentenaire aux yeux bleus. A Damas, il avait investi dans un atelier, mais a dû « tout laisser derrière ». « C'était très dur », se souvient-il, sans s'appesantir sur le conflit qui a fait plus de 350 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011.

Avisé par ses connaissances européennes, il arrive en France fin 2014, privilégie son deuxième prénom Daniel au détriment de son premier Nabil et obtient en quelques semaines le statut de réfugié. « Ca n'a pas été difficile parce que j'ai parlé de ce que j'ai fait, de ce que j'avais envie de faire ici, créer mon entreprise », analyse-t-il installé dans son salon où il dessine ses sneakers sur tablette, entouré d'une discrète icône de Jésus, de magazines de mode GQ et de photos en noir et blanc de Paris.

De fil en aiguille, il arrive à Roubaix et obtient en juin 2017 le soutien de l'association Maisons de mode qui accompagne de nouveaux talents.

« Ténacité »

« Il y avait une semelle par-ci, une bout de cuir par-là. Il était tellement passionné par son projet qu'il nous a convaincus », assure Emmanuelle Axer, directrice de Maisons de mode. « On a parié sur sa ténacité et sa force de persuasion. »

Par l'intermédiaire de son beau-frère, il convainc une usine en Croatie de produire en petite quantité, celle qui traite pour Balenciaga et Givenchy. « Les rencontres ne sont pas le fruit du hasard », veut croire Philippe Zmirou, président d'Esmod de Roubaix, une école de mode dont a été diplômé Daniel Essa à Damas.

Une longue étude de marché achevée, le jeune créateur parie sur des baskets en cuir graphiques « Daniel Essa », vendues entre 300 et 400 euros dans un style « minimaliste ». Premiers salons à Paris début 2018 et premières sollicitations: les comédiennes américaines Whoopi Goldberg et Bella Thorne et la mannequin Olivia Palermo commandent quelques paires, dont il a fignolé la moindre couture.

« Le côté syrien, c'est moi dans ces baskets », plaisante-t-il, le modèle « Toi et Moi » éclairé d'un lacet fuchsia aux pieds, tout en recoiffant ses cheveux noirs. Ses amis syriens au Canada et en Autriche, notamment, l'ont aidé pour les formalités légales et publicitaires.

« La clé du succès, c'est la famille, et donner sans arrière pensée », résume le jeune styliste. « Et il faut garder le même niveau d'exigence (...) Quand je fais mon travail très bien, c'est pour montrer une autre image de mon pays, un pays très riche d'histoire, de monuments. »

« Son parcours, c'est ce qui fait sa force », décrit Irfane Clément, l'un des étudiants qui a monté le site de commandes en ligne à Roubaix avec lui. En parallèle, Daniel Essa s'attèle à signer des contrats avec des boutiques à Genève, Lille, Miami et Dubaï.

« Les premiers réfugiés sont arrivés en Europe depuis quatre ans. A partir de cette année on va voir des success-stories chez d'autres, pas seulement moi », espère-t-il, décidé à demander la nationalité française.

Par Julia Pavesi

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