Dans les coulisses du lancement de LGN

Paris (AFP) - En février dernier, à presque quatre mois de son premier défilé, Louis-Gabriel Nouchi était en pleine négociation avec ses fournisseurs de tissus. « La création, ce n'est que 5 % de mon travail ! » expliquait alors à l'AFP ce jeune homme de 30 ans. Le designer vient de lancer sa griffe de prêt-à-porter, LGN. Sa collection printemps-été 2019, qu'il présentera en juin à Paris, il a commencé à la préparer « dès novembre ».

Silhouette signée LGN - LGN

Les usines et ateliers avec lesquels il collabore pour confectionner ses pièces travaillent aussi avec de grandes marques de luxe. « Donc il faut que je passe avant », explique le jeune homme barbu, bonnet sur la tête. Le but pour ce créateur, diplômé de l'école de mode de La Cambre à Bruxelles : être intégré au programme officiel des défilés homme de la Fédération de la haute couture et de la mode, organisatrice des Fashion Weeks.

Louis-Gabriel Nouchi, dont la griffe est financée par le groupe immobilier Duval, un soutien indispensable pour le créateur, a présenté sa première collection en janvier dans un showroom parisien. Mais « ce qui va enclencher les achats, c'est le défilé », dit-il.

Finaliste du festival international de mode à Hyères en 2014, il a fait du jersey et de la maille ses matières phare. Dans sa dernière collection, ses chemises ont des cols amovibles, pour se transformer en tuniques, les manches d'un pull peuvent se détacher, pour en offrir plusieurs usages. La marque est haut de gamme, tout est fait en France ou en Italie. Les t-shirts se vendent 120 euros, les chemises 240, les pantalons 280.

Le jeune designer, qui cite le Japonais Yohji Yamamoto parmi ses maîtres, a travaillé auprès de Raf Simons et conçu des collections en collaboration avec plusieurs marques (Galeries Lafayette, La Redoute, Editions M.R, le gantier Agnelle). Des expériences qui lui ont permis d'acquérir un savoir-faire commercial qui ne s'apprend pas à l'école et de se constituer un réseau, raconte-t-il.

Pour préparer son défilé, le créateur commence par définir sa gamme couleur. Il construit ensuite son plan de collection, qui sera d'une petite centaine de silhouettes, dont les dessins sont accrochés au mur de l'atelier mis à sa disposition par son investisseur. Tout l'art est de trouver un équilibre entre des pièces fortes, destinées à marquer les esprits, mais aussi des pièces plus « commerciales », facilement portables.

Puis il se met en quête des matières adéquates. Au salon Première Vision, événement incontournable de la filière mode qui se tient deux fois par an à Paris, Louis-Gabriel Nouchi a enchaîné les rendez-vous avec les fournisseurs.

Sur le stand de la société Maggia, fabricant italien de jersey, il passe en revue divers échantillons, guidé par Marie-Stella Cassuto, représentante en France de plusieurs filatures italiennes, qui travaille avec de grandes marques de luxe.

L'une des contraintes pour un jeune créateur est de trouver une matière à un prix raisonnable, « pour que le prix du vêtement en boutique ne soit pas excessif, sinon il ne va pas se vendre, parce que la marque n'est pas connue », explique l'experte.

Autre difficulté pour les jeunes créateurs: les fabricants exigent souvent des minima de commandes, explique Jérôme Holchaker, qui représente en France la société italienne Mekkitess. « Pour un fabricant, il faut par exemple un minimum de 300 m (de tissu), sinon techniquement il ne peut pas lancer une production », dit-il. "Pour les créateurs, cela représente beaucoup de quantités, beaucoup de vêtements à confectionner, et ils n'ont pas forcément assez de ventes ». « Mais on essaie de trouver des solutions. C'est comme un pari sur l'avenir, surtout quand on sent une direction nouvelle. »

Par Anne-Laure Mondesert

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