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Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
27 juin 2022
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5 minutes
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Des visions contrastées chez Thom Browne et Celine

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
27 juin 2022

La semaine de mode masculine à Paris a vu deux visions contrastées s’affronter ce dimanche: le vestiaire BCBG à moitié travesti de Thom Browne, tout en laine bouclée, et la mode rétro rock de Hedi Slimane, assailli par des milliers de préados de la génération Z.
 

Celine: vestiaire banal mais défilé enfiévré



Voilà un mot qu’on aurait jamais cru utiliser au sujet d’Hedi Slimane: banal. Pourtant, c’est bien l’adjectif qui venait à l’esprit en assistant à son dernier défilé pour Celine.


Celine collection Printemps/été 2023 - Celine


L’événement en soi n’avait rien d’ordinaire, mais une grande partie de la collection, si. Il y avait pourtant une atmosphère de frénésie palpable autour du show présenté au Palais de Tokyo, au bord de la scène. À commencer par la foule immense – au moins 3.000 fans – rassemblée pour applaudir et hurler à l’arrivée des rockers, influenceurs et surtout stars de la K-pop.

Quand Lisa, de Blackpink – reine de la K-pop et ambassadrice Celine depuis 2020 – est apparue, les fans massés dehors sont devenus dingues, renversant les barrières pour l’accueillir dans des glapissements suraigus. Il est vrai que ses 78 millions de followers sur Instagram témoignent d’une popularité certaine.

Même Bernard Arnault – l’homme le plus riche d’Europe, et dont le conglomérat du luxe LVMH est propriétaire de Celine – s’est pris au jeu. Il s’est précipité dehors pour immortaliser avec son téléphone portable l’arrivée de Lisa, accompagnée de ses compatriotes V de BTS et Park Bo-Gum, tandis qu’une petite troupe d’agents de sécurité et quelques dizaines d’influenceurs asiatiques lui emboîtaient le pas.

Quand les stars asiatiques ont enfin pris place, les paparazzi présents à l’intérieur ont été pris d’une frénésie qui ferait passer un banc de piranhas pour des moines trappistes.

Enfin installés, le défilé a démarré fort avec des blazers et smokings astucieusement coupés, inondés de cristaux et frangés de cordons et perles argentés. Ils étaient portés avec des shorts, et des Chelsea boots à grosses semelles. Les mannequins, eux, avaient les cheveux teints et plaqués à la cire, comme sur les premières pochettes de disques de Roxy Music.

Les chaussures préférées de Hedi sont des santiags à talon cubain, qui trouveront sûrement leurs adeptes. Tout comme la marque elle-même. S’il a d’abord eu un peu de mal à imposer son style chez Celine, la maison a depuis gagné du terrain. LVMH ne divulgue pas les résultats de Celine, mais à en juger par les sourires félins affichés par Bernard Arnault et par la PDG de la griffe, Séverine Merle, Slimane atteint clairement ses objectifs.

En revanche, il passe peut-être un peu à côté de l’esprit du moment. C’était une collection assez faiblarde de la part de quelqu’un comme Hedi. Depuis ces costumes du soir à paillettes dans des teintes Smarties, jusqu'à ces drôles de pulls irlandais aux couleurs de la bannière étoilée, il y avait pas mal de bourdes. Même les coupes, pour lesquelles son talent est reconnu, étaient assez loin du compte, avec des vestes oversized aux manches rétrécies.

Et la bande-son extrêmement répétitive, composée et interprétée par Gustaf, n'aidait pas – avec une phrase répétée en boucle: "You know people do terrible things"(Tu sais que les gens font des choses terribles).

Pour en rajouter encore, quelques secondes après la fin du défilé (moment où d'habitude le public quitte les lieux rapidement), il y a eu une annonce insistante: "Mesdames et Messieurs, veuillez rester assis, vous ne pouvez pas partir". Et ceux qui sont parvenus à échapper aux griffes des agents de sécurité et sortir du musée ont été accueillis au-dehors par une foule tellement excitée qu’on avait le sentiment perturbant d’être dans le Jour du Fléau.

En résumé, ce n’était ni un grand défilé ni une très bonne proposition, pour un créateur aussi réputé que Hedi Slimane. La clé de son parcours, c’est sa capacité à répondre à l’art et à la culture populaire, via la mode. Mais ce défilé et cette collection n’était qu’un pâle reflet de ses grands moments des saisons précédentes.

Thom Browne



Incroyable ce qu’on peut tirer d’un simple costume en flanelle grise, surtout quand on est Thom Browne, qui a ouvert son défilé avec cinq jeunes garçons banquiers. Avant que les choses ne partent carrément en live.

Ce quintet d’ouverture arborait veste ultra ajustée, shorts, chaussures à embouts et attaché-case assorti. Juste après, tout une bande d’icônes, de beautés de la bonne société et de grandes dames a soudain débarqué, carton d'invitation en main, comme s’il s’agissait de retardataires pour le défilé – parmi elles, Maria Berenson ou Farida Khelfa. Elles faisaient mine d’êtres désolées ou perdues, incapables de trouver leurs sièges.


Thom Browne collection Printemps/été 2023 - Thom Browne


Quand elles ont fini par être installées, les tops ont repris leur défilé, à l’Automobile Club de la Place de la Concorde. Le matériau clé est la laine bouclée, habituellement tissu de prédilection chez Chanel, en menthe poivrée, rose, citron vert et bleu océan, parachevé par du fil métallique. Du Coco pour cocos branchés.

Le tout coupé avec élégance en blazer, mini-veste, pardessus ou redingote,  mais avec un tas d’accessoires décalés. Des hommes en soutien-gorge de laine bouclée, ou slip de laine bouclée. Ce dernier associé à une jupe ou un short "bumster" dévoilant largement les fesses.

De la laine bouclée toujours sur des mocassins, ceintures, cravates et même de minuscules bijoux et ornement faciaux en forme d’ancre marine, en passant par tout un chenil de sacs en forme de chiens - Jack Russells, terriers, corgis ou teckels. 

Quelques références cowboy discrètes, mixées aux codes Wasp plus bourgeois, étaient soulignées par une chanson country western dans la bande-son, à propos de chevaux sauvages distribuant les ruades.

Tout ceci jusqu’au look final: un cowboy cul nul en laine bouclée. Ce dernier n’a probablement jamais chevauché plus à l’ouest qu’à l’angle de Christopher Street et de l’Hudson river, ce qui ne l’a pas empêché de livrer une parfaite imitation de danse western, au son du Don’t Tell Me de Madonna.

Et un tonnerre d’applaudissements, le plus sonore après 12 jours et plus de 100 défilés pour la saison de mode masculine en Europe.

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