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Développement durable : quels sont les 16 objectifs du "Fashion Pact" ?

Publié le
today 23 août 2019
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Seize objectifs sont désormais fixés par les 32 entreprises de mode signataires du "Fashion Pact", présenté le 26 août à Biarritz aux dirigeants du G7. Par ses différents critères, cette liste remet à plat l’impact environnemental d’une industrie qui, même si elle fut à tort désigné comme la deuxième plus polluante du monde, n’en est pas moins un acteur majeur de la destruction de l'environnement.


Shutterstock


Le "Fashion Pact", qui pourrait s’enrichir de nouveaux objectifs avec le temps, se divise en trois séries d’engagements, portant respectivement sur la préservation du climat, de la biodiversité et des océans, et autour desquels s'unissent des entreprises comme Kering, Inditex, H&M, Nike, Chanel et bien d'autres.

Ainsi, sur le front climatique, le pacte entend instaurer des objectifs scientifiquement fondés et compatibles avec les Accords de Paris, qui ont pour but de limiter à 1,5° le réchauffement climatique. Dans ce cadre, le pacte se donne pour mission première de soutenir la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC). Le deuxième volet est, après avoir pris « toutes les mesures possibles pour réduire et éviter les émissions de carbone », de compenser les émissions des signataires au travers de programmes vérifiables (Redd+ est donné en exemple), en vue d’atteindre zéro émission nette en 2050. Arrive ensuite la volonté d'avoir recours à des approvisionnements en matières premières durables. Enfin, le "Fashion Pact" entend atteindre 100 % d’énergies renouvelables dans les opérations propres des signataires d’ici 2030, et au passage encourager l’emploi d’énergies renouvelables tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Du côté de la biodiversité, six objectifs sont fixés par le pacte. A commencer par l’adoption d’approches régénératives de l’agriculture afin de restaurer sols et champs, et d'optimiser la biodiversité des fermes. Mesure qui vise notamment le coton, là où la suivante vise le milieu du cuir, via la suppression du sourcing venant de fermes pratiquant l’élevage intensif par engraissage, au profit de fermes privilégiant du pâturage naturel. Le troisième objectif est l’encouragement au développement de matériaux et processus innovants sans impacts sur les bêtes et l'écosystème. Un soutien sera également fourni aux actions de la supply chain visant la restauration de l’écosystème et la protection d’espèces-clefs. Le dernier point étant pour sa part de privilégier les approches respectueuses de la vie sauvage dans les exploitations agricoles, forestières et minières.

Enfin, en ce qui concerne les océans, six enjeux sont là encore détaillés. Le premier étant d’éliminer d’ici 2030 les plastiques à usage unique dans la filière mode. Le pacte souhaite par ailleurs soutenir l’innovation en termes de matériaux afin de limiter la diffusion des microfibres plastiques issus de lavage de vêtements synthétiques. En parallèle, les signataires veulent privilégier un approvisionnement venant de productions minières et agricoles ne polluant par les rivières. Le quatrième objectif est d'éduquer les consommateurs en termes d’entretien des vêtements, afin de limiter les rejets de microplastiques. Un soutien sera en outre apporté à la recherche de technologies limitant la pollution des rivières tout au long de la chaîne de production. Enfin, le pacte entend soutenir la mise en place de lignes directrices basées sur les meilleures pratiques afin de contrôler le relargage de granulés plastiques, matière première des fibres plastiques et emballages.

Réalités d’une mode polluante

La mode n’est pas la deuxième industrie la plus polluante au monde. Comme le relevait en décembre 2018 le New York Times, cette affirmation largement reprise était née à Copenhague au sein du Global Fashion Agenda sur la base d’un rapport Deloitte de 2012 désormais introuvable. Il n’en demeure par moins que l’industrie de l’habillement est l’un des principaux contributeurs à la pollution de l’air et des eaux. Et le "Fashion Pact", dans sa documentation, apporte à ce titre un point bienvenu sur cette triste réalité.

Il ressort ainsi que le secteur est responsable de pas moins de 20 % des rejets d’eaux usées, et de 10 % des émissions de carbone (chiffres CEE-ONU). La production de coton est quant à elle responsable de 22,5 % de l’utilisation de pesticides à échelle mondiale, tandis que la teinture et le traitement des textile génère de 17 % à 20 % de la pollution de l’eau d’origine industrielle (UICN, union internationale pour la conservation de la nature).

Sur le front du climat, l’industrie de la mode émet 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, et ces émissions pourraient exploser de 60 % d’ici à 2030, si le secteur ne modifie pas son fonctionnement, selon l’Ellen MacArthur Foundation (2017). Enfin, du côté des océans, la mode joue un rôle clef dans la pollution aux microplastiques, avec 500 000 tonnes de microfibres issus des lavages finissant chaque année dans les océans.


Quelques 500 000 tonnes de microfibres issus du lavage de textiles finissent chaque année dans les océans. - Shutterstock


Le "Fashion Pact" mentionne par ailleurs d’autres données conjoncturelles afin de souligner l’urgence à agir. Est ainsi rappelé qu’ont déjà été perdues 60 % des espèces animales et fonctionnalités de notre écosystème. Pas moins de 90 % des grandes poissons ont par ailleurs disparu, tandis que la survie des barrières de corail et zones de pêche n'est pas assurée. Le document indique au final qu’il reste onze ans pour arrêter le changement climatique avant que ce dernier ne devienne irréversible.

Un pacte d’initiative française

Le "Fashion Pact" est né sur demande du président français Emmanuel Macron, qui en a confié la conception initiale à François-Henri Pinault, dirigeant du géant du luxe Kering. Le dispositif s’inscrit dans le sillage du One Planet Summit, initié en 2017 par la France après que les Etats-Unis aient annoncé leur retrait des accords de Paris. A en croire les représentants du gouvernement, la filière mode n’est arrivée que récemment sur les radars du ministère de la Transition Ecologique.

« C’est un domaine industriel que le ministère connaissait très peu jusqu’alors, nous en avions très peu objectivé les impacts environnementaux », explique ainsi Baptiste Perrission-Fabert, directeur de cabinet de Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire. « Mais il s’agit d’une industrie opérant sur des objets du quotidien, au croisement des défis en termes de climat, de biodiversité et de protection des océans, ce qui en fait immédiatement une bonne illustration des ambitions du One Planet Summit ».

L’un des principaux défis donnés par la présidence française à ce "Fashion Pact" est au final de « mettre un peu d’ordre dans les initiatives dispersées » déjà en place dans le secteur. Le document fourni à la presse en cite plusieurs : Apparel Impact Institut, C&A Foundation, Ellen MacArthur Foundation, Fair Fashion Center, Fashion for Good, Sustainable Apparel Coalition, Textile Exchange, CCNUCC, OIT/ Better Work et ZDHC Foundation.

Reste à savoir quelle forme pourrait prendre de futurs rapprochements avec des initiatives qui, pour certaines, reposent sur des ONG et dispositifs de contrôle indépendant. Là où le "Fashion Pact" fait lui le choix du volontariat et du déclaratif, sans imposer de contraintes, ce qui a immédiatement déclenché prudence et critiques à son encontre au sein d’organisations en pointe sur la défense de l’environnement et de la biodiversité.

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