Ecoresponsabilité : les labels textile analysés sans complaisance

Better Cotton Initiative (BCI), Global Organic Textile Stardard (GOTS), Canopy, Indice Higgs, ModeTracker (Made-By), Oeko-tex (Step), Made in Green… La Changing Markets Foundation livre un portrait au vitriol des labels éco-textile qui, pour beaucoup, « offrent de fausses promesses ».

Une entreprise textile à Shaoxing, dans l'est de la Chine - Lu Guang/Greenpeace

L’ONG britannique, qui s’est donné pour but d’encourager et accompagner les initiatives écoresponsables, s’est ainsi penchée sur les fonctionnements des différents écolabels, dont 460 ont été dénombrés à ce jour dans 25 secteurs selon l’Ecolabel Index. Outre la pêcherie et l’huile de palme, l’organisme s’est penché sur le textile. Et, ironiquement, c'est bien une volée de bois vert que récoltent les labels, dans un rapport disponible en anglais et dans une synthèse en français.

A commencer par les labels transversaux de l’industrie textile. Y compris l’indice Higgs, point de référence de nombreuses enseignes et marques, dont CMF pointe les lacunes. A savoir l’auto-évaluation et le manque de transparence, qui n’incitent pas les entreprises à s’améliorer. « Alors que l’indice Higgs a promis une transparence totale d’ici 2020, il reste à voir à quel point cela sera rigoureux », prévient le rapport. Dans la même famille, l’outil d’évaluation ModeTracker de Made-By souffre lui « d’incomplétude », laissant la liberté aux marques la liberté de choisir à leur guise d’être évaluées sur leurs performances environnementales ou sociales.

Oeko-tex et son Sustainable Textile Production (Step), pointe ensuite l’organisme, évaluent la présence de produits dangereux dans les produits finis, sans prendre en compte l’utilisation de produits dangereux durant le cycle de fabrication. Sont par ailleurs relevés des incohérences, comme l’interdiction par Step d’utiliser du sulfure de carbone (CS²), alors que l’outil sert à évaluer de la viscose. Or « il est impossible à ce jour de produire de la viscose sans utiliser du CS² », pointe CMF. Quant à Zero Discharge of Hazardous Chemicals (ZDHC), « tout en prétendant mener les industries textiles, cuir et chaussure vers zéro produit chimique dangereux, il adopte une approche nettement moins ambitieuse pour les plus grosses marques », pour l’ONG, qui reprend-là les critiques déjà formulées par Greenpeace.

« Greenwashing à échelle industrielle »

Au-delà des labels généraux, la Changing Market Foundation se penche également sur les labels spécifiques à la viscose et au coton. Sans surprise, Better Cotton Initiative, qui devrait peser un tiers de la production mondiale de matière blanche en 2020, est abordé. Evoquant le récent reportage de France 2 sur BCI, le rapport estime que le label égare le consommateur, laissant supposer des matériaux écologiques, alors que l’Initiative ne promeut pas le coton organique et autorise les OGM, pesticides toxiques et fertilisants artificiels. « Le souci premier semble être de rassembler autant de membres que possible sans relever le niveau », pour CMF, qui pointe l’absence de réels contrôles. « Ceci est susceptible de mener à un greenwashing à échelle industrielle. »

Si, à ce stade, ce rapport peut donner des airs de peloton d’exécution, ce n’est pourtant pas le cas. Global Organic Textile Standard, qui regroupe des organisations allemande, américaine, japonaise et britannique, est salué pour sa rigueur sur l’ensemble de la chaîne de production. Les entreprises ne doivent utiliser que des produits chimiques validés par GOTS, les produits être strictement séparés de productions « conventionnelles » et les entreprises fournir des rapports détaillés à l'organisme. En outre, un produit basé sur du fil GOTS ne pourra en arborer le label s’il n’a pas, en plus, été fabriqué dans une usine homologuée. CMF pointe néanmoins les améliorations à apporter aux critères sociaux ainsi qu’aux conditions d’exclusion, jugées trop laxistes.

Un champ de coton génétiquement modifié en Inde - Peter Caton/Greenpeace

Côté viscose, le rapport se penche sur Canopy, lancé en 2009 pour freiner la déforestation et à ce jour seul label dédié à la pulpe de bois destinée aux fibres cellulosiques. Il incite à utiliser du bois de forêts validées par le Forest Stewardship Council (FSC) et délivre chaque année un classement des fabricants de viscoses, le Hot Button Issue. Des évaluations portant notamment sur la traçabilité et la transparence qui, déplore CMF, ne sont pas accompagnées d’objectifs assignés à ces sociétés. Canopy ayant en ligne de mire la sauvegarde des arbres, l'organisme n’inclut par ailleurs pas l’usage de produits chimiques dans ses critères. Ce qui « pourrait donner une image irréaliste des performances environnementales » des sociétés listées, souligne le rapport.

« Il n’y a actuellement aucun programme ou label unique assurant des standards de transparence, traçabilité et fiabilité à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, déplore au final la Changing Market Foundation. Dans bien des cas, les entreprises ont réussi à éviter la responsabilité individuelle en plaidant pour une "approche sectorielle" ; l'argument est souvent que les marques ne peuvent créer par elles-mêmes des solutions. (...) Le problème de cette approche est qu’elle permet l’apparition de "free-riders", des entreprises qui adhèrent à des initiatives sans réellement faire quoi que ce soit. La transparence dans le secteur semble rester facultative : seules les entreprises les plus progressistes rendent leurs fournisseurs publics et plus rares encore sont celles à parler de leur performance environnementale », conclut l'organisme, dont le rapport pose à chacun des labels cités des défis à relever.

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