Eric Damiron (FIB) : "Le projet d'affiliation Galeries Lafayette est un double challenge, commercial et immobilier"

En février dernier, les Galeries Lafayette officialisaient leur projet de céder 22 grands magasins en région (Montauban, Belfort, Saintes, Caen, Libourne…) à la Financière Immobilière Bordelaise, qui reprend les murs, mais aussi leur gestion via l’affiliation. La holding fondée dans les années 1990 par l’homme d’affaires Michel Ohayon a nommé Eric Damiron en avril pour mener cette diversification, qui comporte un important volet immobilier, puisque près de la moitié de la surface acquise est inutilisée. Celui-ci a répondu aux questions de FashionNetwork.com sur l'avenir de ces points de vente.


Eric Damiron - Financière Immobilière Bordelaise

FashionNetwork : Pourquoi avoir accepté cette mission à la tête des 22 magasins affiliés ?

Eric Damiron :
C’est un défi idéal pour moi qui ai un profil très rare sur le marché : ma carrière depuis 1988 combine une expérience retail (en grand magasin) et un parcours dans l'immobilier commercial. J’ai été directeur du contrôle de gestion du Bon Marché entre 1988 et 1994 puis dirigeant du magasin Franck & Fils jusqu’en 1997, avant de fonder ma propre société de conseil et d’officier dans des groupes d’immobilier commercial comme Hammerson, Corio et Vereldhave (au poste de directeur général France, ndlr). Le projet Galeries Lafayette s’appuie sur ces deux axes, c’est un double challenge pour la FIB, d'ordre commercial et immobilier.

FNW : Quelles sont vos intentions pour ces adresses Galeries Lafayette, allez-vous revendre certains points de vente en difficulté ?

ED :
Pas du tout. Notre portons la vraie volonté de développer activement ces grands magasins. Cela sera rendu possible par la gestion immobilière des nombreuses surfaces qui sont à ce jour inoccupées par les Galeries Lafayette dans tous ces points de vente : sur les 180 000 mètres carrés que nous avons acquis, 80 000 à 90 000 mètres carrés environ ne sont pas exploités. Il peut s’agir de niveaux entiers, d’un sous-sol libre (comme à Rouen), d’un bâtiment annexe (à Angoulême) ou d’un parking potentiellement constructible (à Belfort).

FNW : Qu’allez-vous faire de ces mètres carrés : y étendre l’offre ou les transformer en bureaux ou hôtels ?

ED :
Nous souhaitons maintenir la vocation commerciale de ces magasins en enrichissant ou complétant l’offre par l’installation d’autres enseignes sur ces surfaces, à l’image de ce qu’a pu réaliser le Printemps Nation à Paris, qui accueille Darty, Uniqlo et Maisons du Monde dans ses locaux. Nous nous inspirerons de cette démarche, en faisant différemment et mieux : il n’est pas question d’affaiblir l’offre des Galeries Lafayette, ni d’installer des chaînes discount. Mais ces enseignes - qui s’implanteront en succursale ou en franchise -, comme la Fnac par exemple, vont permettre de générer du trafic et de compléter l’offre.

FNW : Pourquoi c’est intéressant pour une holding comme la FIB de se lancer dans ce projet commercial qui n’apparaît pas forcément lucratif au premier abord ?

ED :
 Michel Ohayon, le propriétaire du groupe, est à la base un commerçant et souhaite le rester. Il a commencé en tant que franchisé Daniel Hechter à Bordeaux. Puisque nous devenons propriétaires des murs, le projet immobilier qui accompagne ce contrat d’affiliation correspond totalement aux missions de la FIB.

FNW : Comment allez-vous redonner une dynamique à ces points de vente situés dans des centres-villes en perte de vitesse ?

ED : 
Outre un travail sur l’offre, les enseignes avec qui nous allons collaborer vont accroître l’attractivité des adresses. Nous apporterons aussi les évolutions dont les magasins ont besoin, que ce soit en termes d’aménagement ou de travaux. Ce sont les actions immobilières que nous allons mener qui dégageront des ressources pour rénover les magasins.

D’ici septembre, j’établirai un plan stratégique concernant les magasins. Je n’ai pas encore vu tout le patrimoine, j’ai visité pour l’instant une dizaine de magasins, rencontré des maires et je n’ai pas vu de centres-villes sinistrés. L’avenir nous dira si la réussite est au rendez-vous, on ne peut pas prévoir l’issue du projet. Une chose est sûre, nos emplacements sont exceptionnels, les villes se sont souvent développées commercialement autour des Galeries Lafayette et le consommateur dit vouloir revenir en cœur de ville. Simplement, l’offre générale de ces magasins a périclité ces dernières années en raison d’un non-investissement, ce qui est compréhensible quand on se concentre sur d’autres objectifs, comme l’installation de vrais flagships dans les métropoles et l’internationalisation.

FNW : Qu’englobe votre contrat d’affiliation avec les Galeries Lafayette ?

ED :
C’est un contrat classique et bien encadré, on respectera évidemment les normes Galeries Lafayette, mais nous souhaitons donner notre propre impulsion. La relation établie avec le groupe est très transparente, nous allons être affiliés des Galeries Lafayette pendant une longue période et pouvoir dans ce cadre accéder à leur centrale d’achat et à leur système d’encaissement. Le contrat nous permet également de développer une offre complémentaire, en ayant une capacité d’achat propre qui ne pourra pas dépasser 30 % du chiffre d’affaires. Nous conservons ainsi les cinq piliers du grand magasin (mode homme, femme, lingerie, accessoires et beauté) et sommes plus libres sur les secteurs complémentaires. Nous pourrions très bien introduire un nouveau rayon. Nous conservons de plus les opérations commerciales comme les 3J et pourrons également monter nos propres promotions dans nos 22 magasins. Le groupe FIB participera aussi au coût logistique et à la communication nationale.

FNW : Il est question d’amener plus de couleur locale aux adresses Galeries Lafayette, comment allez-vous procéder ?

ED : Donner une empreinte locale aux grands magasins, les Galeries Lafayette le font déjà. Oui, il y aura une spécialisation de l’offre, mais cela sera mis en place avec beaucoup de prudence, nous ne souhaitons pas que les 22 adresses soient toutes différentes.

FNW : Conservez-vous tous les employés des magasins et quand est-il de ceux travaillant pour les marques qui opèrent des corners en concession ?

ED :
 La FIB reprend l’intégralité des salariés, soit 900 personnes, et maintient les conditions sociales dont ils bénéficiaient auparavant. Il n’y aura pas de bouleversement managérial à la tête des magasins, nous nous appuyons sur les compétences en place. Concernant les concessions (qui représentent environ 30 % de l’offre), les contrats des marques vont nous être transférés et leurs salariés conserveront donc leur emploi. Nous espérons surtout que toutes les marques vont nous suivre. Je constitue d’autre part une équipe autour de moi à la FIB : nous créons plusieurs postes, à savoir directeur des ventes, en charge d’assister les magasins, directeur d’achat, DRH et directeur comptable.

FNW : Suivez-vous un agenda bien établi ?

ED :
 Nous reprendrons la gestion directe des 22 magasins le 1er octobre prochain. D’ici là, un important chantier informatique nous attend, cela prend du temps de basculer toutes les données. Des discussions ont également été amorcées avec d’autres enseignes et j’irai faire un second tour des magasins en juin prochain pour rencontrer les équipes.

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