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Publié le
7 avr. 2021
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Esmod: Véronique Beaumont, nouvelle directrice de l'école, mise sur le digital et la professionnalisation

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7 avr. 2021

Peu d’écoles de mode dans le monde peuvent se targuer d’une telle histoire. Cette année, Esmod, fondée par le tailleur Alexis Lavigne, inventeur du centimètre souple et du buste mannequin, célèbre ses 180 ans. A l’origine école de tailleurs, la structure a formé nombre de professionnels anonymes ou illustres tels que Jérôme Dreyfus, Alexandre Vauthier, Damir Doma, Juun J. ou encore l’incontournable Olivier Rousteing , attirant bien au-delà des jeunes talents français avec des noms rayonnant dans le monde entier.


Hall de l'école Esmod - Esmod


Si elle compte toujours 700 étudiants à Paris, cette école privée s’est largement déployée avec les années, d’abord en France où elle compte des antennes à Roubaix, Bordeaux, Rennes et Lyon, mais aussi à l’international où elle est présente, avec des structures partenaires, au Japon, en Indonésie, en Norvège ou encore au Liban. Au total, la structure est présente avec 19 écoles dans 13 pays et compte 3.500 étudiants, formant aussi bien en stylisme et modélisme, que les futurs cadres des entreprises de mode.

Mais, à n’en pas douter, la période actuelle, avec les contraintes et incertitudes liées à la pandémie de Covid-19, est l’une des plus complexes pour l’institut de formation. Amener cette élégante vieille dame à se transformer en championne du digital, tel est le défi que veut relever la nouvelle directrice générale du groupe, Véronique Beaumont, qui a pris la suite de Christine Walter-Bonini, aux manettes de l’activité d’Esmod ces quinze dernières années. Une prise de fonction pour la dirigeante qui enseigne dans la maison depuis sept ans et dirigeait depuis 2017 l’organisme de formation professionnelle Esmod Pro, qui s’est déroulée principalement à distance.


Véronique Beaumont - Esmod



"Nous avions commencé à renforcer les enseignements digitaux avec Christine Walter dès début 2020, nous avions mis en place des conférences via Teams. Cela nous a permis d’avoir des solutions prêtes pour les autres écoles. Pour nos cursus de Fashion Business, nous avions l’intégralité de nos cours en ligne. Et avant cela nous avions déjà mis en place de la pédagogie inversée."

Reste que la crise, ses confinements et ses restrictions sanitaires impliquent que la majorité des cours soient en distanciel, pour les futurs entrepreneurs comme les futurs stylistes. Cela nécessite une accélération de l’utilisation des outils digitaux, pour l’enseignement théorique, mais pas seulement.

"Les professeurs de modélisme se sont adaptés aux nouveaux outils. Le président Satoru Nino avait décidé d’investir dans de grands écrans interactifs, dans des caméras de précision permettant de zoomer sur les mains de nos intervenants en modélisme. Notre maison d’édition avait réalisé des vidéos, des e-books et des méthodologies. Nous nous sommes appuyés sur ces outils jusque-là peu exploités dans les enseignements." Progressivement, l’école complète ainsi ses outils d’e-learning.

Une nécessité de s’adapter au digital incontournable avec les contraintes sanitaires, mais aussi en vue de développer des formations adaptées aux besoins du marché. Esmod, comme la plupart des écoles, subit la critique d’une part des professionnels qui souhaitent recruter de jeunes collaborateurs armés pour la mode du monde d’après. Un futur technique et numérique qui peut parfois paraître éloigné de l’univers des défilés et des créateurs.

"L’attrait des écoles de mode s’est construit par le luxe et le glamour, précise la nouvelle directrice. Nécessairement, nous avons utilisé un vocabulaire attractif. Même si tous les métiers, de l’industrie à la commercialisation, n’étaient pas autant mis en avant, les anciens de l’école sont partout, de Dior et Chanel à Decathlon. Même si c’était peu su, c’est notre force. Je suis en train de faire évoluer les programmes. Je ne suis pas du sérail Esmod, j’ai fait une école de cinéma. Mais j’ai appris les différents aspects de ce secteur auprès de créateurs qui étaient leur propre patron, comme Sonia Rykiel et Christian Lacroix. Je crois au vécu, à l’expérience professionnelle. Les entreprises évoluent sur la technologie utilisée. Alors nous accentuons nos partenariats, nous recrutons de nouveaux intervenants qui viennent du monde de l’entreprise, nous faisons aussi entrer des étudiants venant d’écoles d’ingénieurs et de commerce, et nous renforçons les passerelles entre les formations de stylisme et de business. Je pense que l’enseignement physique va passer par de plus en plus d’ateliers avec des professionnels et, pour le théorique, nous pourrons garder une part en ligne. Il faut allier innovation et tradition."


Les volets éco-responsables sont au coeurs des préoccupations des étudiants, comme ici Eva Meulot de la promotion 2020 qui a travaillé sur l'upcycling de la maille. - Esmod


Esmod développe ainsi l’apprentissage des outils digitaux spécifiques comme Modaris ou CLO3D, renforce son partenariat avec l'industriel Lectra, revoit ses spécialisations en créant avec Lesage une parcours "Nouvelle couture", ou en initie une spécialisation sportswear approfondissant les usages avec les tissus techniques. L’école travaille pour récupérer auprès des groupes du secteur les mètres de tissus dormants et tisse aussi des liens avec la Chaire Bali, qui a pour objectif de mêler étudiants et entreprises sur les défis du zéro déchet.

Car les problématiques environnementales, si elles préoccupent les entreprises et les groupes, sont clairement au cœur des motivations des étudiants. Toutes les initiatives ont à présent une composante environnementale au cœur du projet. "C’est regrettable que les écoles du secteur n’aient pas été associées au Fashion Pact, déplore Véronique Beaumont, car nous formons les professionnels et les entrepreneurs de demain. Au niveau français, j’ai une approche anglo-saxone: je suis persuadée qu’une concurrence saine est nécessaire et je suis avide de communiquer avec les confrères. Au niveau français, nous avons perdu de la visibilité dans les grandes maisons internationales, mais nous gardons un potentiel énorme à Paris. Toutefois je pense que Paris a tout à gagner en s’appuyant sur la force de ses régions. En province, il existe un vivier d’innovations technologiques, de créativité écoresponsable. Cela doit se fédérer au profit du secteur, créer l’industrie 4.0."


Esmod numérise son fonds patrimonial de quelque 400 pièces - Esmod



Avec ses antennes en régions et dans le monde, que le groupe aide à traverser la crise dans les prochains mois avant, peut-être, d’imaginer de nouvelles ouvertures, Esmod entend participer au renouveau de l’industrie de la mode.

D’ici là, l’école s’adapte. Si l'organisation des jurys de fin d’année sera décalée à septembre, sa directrice précise que les étudiants de master n'ont pas de souci à trouver des stages. Et son grand événement pour ses 180 ans devrait se dérouler au dernier trimestre 2021. Il s’agira d’un défilé et d’une exposition qui plongeront dans le fonds patrimonial de quelque 400 vêtements de l’école et rendront hommage à l’équipe pédagogique. Un rendez-vous qui sera physique, dans le grand bâtiment de Pantin, mais aussi, bien évidemment, numérique.
 
 
 

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