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Fashion Pact : tour d'horizon des solutions existantes pour produire moins et mieux

Publié le
today 5 sept. 2019
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Le sommet du G7 a donné la semaine passée à Biarritz l'opportunité à des dizaines de dirigeants des plus grands groupes de mode du monde, avec en figure de proue François-Henri Pinault de Kering, de s'inscrire dans une approche présentée comme plus responsable. Le Fashion Pact, qui a fixé une ligne directrice avec 16 objectifs, entend notamment « réduire et éviter les émissions de carbone », et même de « compenser les émissions des signataires en vue d’atteindre zéro émission nette en 2050 ». Les intervenants souhaitent aussi recourir davantage à des approvisionnements en matières premières durables. Enfin, le Fashion Pact entend atteindre 100 % d’énergies renouvelables dans les opérations propres des signataires d’ici 2030.


Présentation du Fashion Pact à l'Elysée le 23 août 2019 - Elysée.fr


En cette rentrée de septembre, les salons textile Munich Fabric Start, Première Vision Paris et Intertextile, mais aussi le rendez-vous prêt-à-porter de la Porte de Versailles Who's Next, avec son espace écoresponsable "Impact", seront l'occasion de toucher du doigt l'implication du secteur.

Sur les différents points, plusieurs acteurs défrichent le terrain. Certains sont présents depuis des années. D'autres agissent depuis quelques saisons. « C'est un changement de business model qui est à l'œuvre. Mettre des ampoules Led c'est bien, mais ce n'est pas l'enjeu premier. La question fondamentale c'est 'Comment fabriquer moins mais mieux'. Et les entreprises n'ont pas jusqu'en 2050. Elles ont un ou deux ans pour agir », explique Annick Jehanne qui, avec Nord Créa, organise les Fashion Green Days à Roubaix.

Il faut faire un énorme travail en très peu de temps. Le point positif c'est que beaucoup d'acteurs ont déjà avancé. Une entreprise qui s'est lancée il y a cinq ans a dû faire deux fois plus d'efforts pour exister. Mais s'il y a cinq ans, il existait peu de solutions, aujourd'hui elles sont nombreuses. Reste qu'il faut aller les chercher et les partager. En France, pour aider les entreprises de mode dans leur approche, la Fédération du prêt-à-porter féminin a initié un guide de bonnes pratiques. L'alliance du commerce a de son côté créé son guide pour agir.

Entre développements techniques et construction d'une filière plus propre, les partenaires industriels ou prestataires intermédiaires se multiplient pour développer des solutions.


Une fibre réalisée à partir des chutes de la production de jus d'agrumes - Orange Fiber


Côté matières, les alternatives au coton, dont la gourmandise en produits phytosanitaires et en eau reste un problème, se multiplient, notamment avec un développement du coton biologique qui a au moins le mérite de régler l'un des deux problèmes. Dans la forêt de labels, Gots et Oeko-Tex apparaissent comme des valeurs sûres dans le secteur. Aujourd'hui, il est possible de tracer la plupart des matières et donc de quantifier leur impact écologique. Le lin, les laines, mais aussi le chanvre et même l'ortie, sont des matières au potentiel encore sous-exploité.

D'autres alternatives sont encore plus surprenantes. Orange Fiber, qui exploite les chutes de la production de jus d'agrumes, fondée par Adriana Santanocito et Enrica Arena en 2014, monte en puissance, notamment via des collaborations avec Salvatore Ferragamo, H&M ou le spécialiste de la cravate Marinella. Pellemela, de la société Frumat, est une matière constituée de 50 % de fibres issues de pommes recyclées et de 50% de polyuréthane.

Feuilles d'ananas et chapeaux de champignons se posent en alternatives au cuir animal

Alternative au cuir, le Pinatex exploite des feuilles d'ananas, recueillies après la récolte des fruits. La société a travaillé notamment avec Hugo Boss, sur des sneakers, ou Trussardi, sur des pièces de prêt-à-porter. Le Muskin est quant à lui une matière créée à partir de champignons et le rendu de celle-ci peut notamment remplacer les cuir suédés. De son côté, la société française Ictyos - Cuir marin de France a développé sa matière à partir de la peau de poisson comme alternative au cuir traditionnel.

L'un des enjeux fort est de réduire l'emprise de l'industrie pétrochimique dans l'industrie de la mode, en ce qui concerne son impact en termes de production ainsi que sur la fin de vie des produits. Le polyester et le nylon recyclés sont eux aussi de plus en plus exploités.


Silhouette Burberry réalisée avec un tissu Econyl - Econyl


Econyl, Repreve, Waste2Wear ou Seaqual : les acteurs qui convertissent les bouteilles plastique en fil textile sont nombreux à présent. Parley for The Oceans avait montré la voie en 2015 avec G-Star et la société Bionic Yarn pour développer une première collection avec ces matières. A présent, Adidas a constitué un beau partenariat avec Parley et vise les 10 millions de chaussures produites cette année avec ces fibres recyclées. Le luxe est aussi intéressé. Prada a présenté cet été son sac développé avec la société Aquafil et son fil Econyl.

Faire du neuf avec du vieux

Dans le registre du recyclage des matériaux, la société Evrnu a créé sa matière NuCycl à partir d'anciens vêtements collectés. Les espagnols de Recover produisent eux aussi de nouveaux fils à partir d'habits usagés et recyclés. Recyc Leather, lancée en 2016, crée elle un matériau à partir des chutes de cuir mélangées avec 40 % d'un mix entre matériaux d'origines végétale et synthétique.

Pour le volet technique, dont l'élasticité du vêtement, des alternatives se développent aussi. Ainsi le Lyocell est produit à partir de pulpe de bois. L'un des acteurs phares sur ce terrain est le Tencel de Lenzing. Un domaine où le groupe Eastman entend faire de son fil cellulosique Naia une référence, avec dès le départ le choix de ne recourir qu'à du bois issu de plantations écogérées et certifiées FSC et PDFC.

Les industriels historiques, comme Tintex, Isko, Manteco, Polartec ou Toray développent eux aussi leurs solutions plus responsables. « Souvent, le changement est moins compliqué qu'il n'y paraît, souligne Annick Jehanne des Fashion Green Days. Les marques établies n'ont pas le réflexe de demander à leurs fournisseurs. Ceux-ci travaillent régulièrement pour de grands groupes avec qui ils ont développé des nouveaux produits ces dernières années. Si les marques leur posent la question, ils ont souvent des solutions à leur proposer. »


Nature Coatings a développé un pigment noir non issu de la pétrochimie - Nature Coatings


Car les développements écoresponsables concernent à présent l'ensemble de la chaîne de valeur. Ainsi, la teinture est un enjeu également fort. Et des développements intéressants sont réalisés sur ce plan. Teindre en noir sans pétrole. Telle est la vocation de Nature Coatings, jeune société américaine fondée en 2017 par Jane Palmer. Sa promesse est de transformer des résidus de bois en pigments noirs pour les différentes industries, dont le textile, avec la capacité de conserver un noir profond. Nature Coatings avance que son procédé ne produit pas de CO² et que ses produits peuvent remplacer les pigments issus de l'industrie pétrochimique. L'entreprise, passée par l'accélérateur Fashion for Good, a reçu des prix aux Etats-Unis et en Europe pour sa technologie.

Abandonner progressivement le tannage au chrome, toxique pour l'homme et l'environnement

L'acteur espagnol Greendyes, du groupe Nextil, promet de son côté une large palette de couleurs dans un nouveau process responsable. We are Spindye met lui en avant la traçabilité et la transparence de ses procédés. Côté accessoires en cuir, le tannage végétal monte en puissance pour sortir du tannage au chrome, avec par exemple des acteurs internationaux comme Olivenleder ou Deepmello, qui réalise un tannage à partir de rhubarbe, mais aussi en France les Tanneries de Chamont ou encore Raynaud Jeune.

Maîtriser l'ensemble de ces sujets n'est pas chose aisée. Aussi des intermédiaires se positionnent comme relais des marques. C'est par exemple le cas de Fairly Made en France. Partenaire des Galeries Lafayette dans le cadre de l'opération Fashion for Good, la jeune société a séduit plusieurs autres acteurs comme Des Petits Hauts, Gant ou Balzac Paris. Passées respectivement par & Other Stories et Louis Vuitton, Laure Betsch et Camille Le Gal jouent les intermédiaires entre les marques et les fournisseurs. Leur crédo ? Proposer un sourcing responsable avec une solution de traçabilité de l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis la ferme de production de la matière jusqu'à l'unité de confection. Dans le même esprit Good Fabric, cofondé par Nathalie Lebas-Vautier et Louis-Marie Vautier, qui avaient lancé Ekyog, propose des solutions durables aux marques. La société a notamment travaillé sur des projets avec Bonton et Darjeeling.


Fairly Made propose un catalogue des matières responsables - Fairly Made


Enfin, les développements numériques offrent de grandes possibilités. Les blockchains permettent notamment de certifier les matières et donc d'assurer un approvisionnement responsable mais aussi de jouer la transparence auprès des clients finaux.

Les start-up de la tech développent des solutions pour produire moins et mieux

Au-delà de ces avancées technologiques, en France un acteur comme Heuritech a pour objectif de quantifier les prévisions de tendance via l'intelligence artificielle pour mieux produire. L'intérêt écologique ? Limiter les productions inutiles et les invendus. La société, créée en 2013 par Tony Pinville et Charles Ollion, a depuis ses débuts collaborés avec des acteurs comme Celio, Dior, le groupe VF Corp ou encore Jennyfer. Elle amorce un développement dans la beauté.

Autre jeune pousse de la Fashion Tech française, Tekyn, fondée par
Donatien Mourmant & Pierre De Chanville, a signé avec des acteurs comme Cache Cache ou Le Slip Français. La société promeut une organisation plus souple et réactive répondant aux besoins des marques et leur permettant de mieux maîtriser leur production.


Repack propose aux acteurs de l'e-commerce d'utiliser plusieurs fois le même emballage. - Repack


Pour une entreprise de mode, les champs d'actions sont encore multiples. Cela va du passage à l'éclairage Led en magasins à l'utilisation de véhicules roulant au gaz naturel pour approvisionner les boutiques en passant par les emballages limitant ou supprimant l'utilisation du plastique, notamment pour l'envoi de colis.

La chasse aux emballages jetables

Dans cet esprit, la société Repack a imaginé des emballages réutilisables pour les envois du commerce en ligne. Pour inciter les clients à renvoyer leur emballage, un système de fidélisation est développé. Et la société estime qu'elle peut utiliser en moyenne 20 fois un emballage. Des marques comme Aalto, Mud jeans ou Makia ont eu recours à ses services.

Le champ des possibles est ainsi très large et ce florilège ne se veut pas exhaustif. Entre acteurs institutionnels, confrères prêts à partager et prestataires installés, les sociétés de toutes tailles disposent des ressources pour avancer et répondre, à leur manière, aux défis d'une mode responsable.

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