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Fashion Week : la femme se cherche à Milan

Publié le
today 25 févr. 2019
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Jamais comme en cette saison, les couturiers milanais ne sont apparus autant divisés. S’il est vrai que le temps des tendances bien définies est révolu, les Fashion Weeks laissaient tout de même entrevoir jusqu’ici des mouvements de fond. Ce n’est plus le cas. Sur un point, néanmoins, tout le monde semble d’accord : le street et le sportswear ne sont plus à l’ordre du jour. Partout, la femme renoue avec les fondamentaux de la garde-robe la plus classique avec en pièces phares la robe, le tailleur, la veste, le manteau, le cardigan et la jupe, si possible mi-longue.


Marco De Vicenzo, automne-hiver 2019-20 - © PixelFormula


Comme pour les collections masculines de janvier, se confirme cet engouement pour les habits aux coupes impeccables, les belles étoffes classiques, la recherche du détail, l’authenticité à travers la mise en avant des savoir-faire. Sur beaucoup de podiums, on assiste au retour d’une certaine élégance un brin rétro, inspirée des silhouettes des années 1950, avec des longueurs qui descendent le plus souvent sous le genou.

Les mises sont à la fois confortables et élégantes, en particulier à travers de longues robes fluides et d’amples pantalons, tandis que les manteaux enveloppent le corps. Une fois de plus, Dolce & Gabbana s’affiche comme l’emblème de ce mouvement, avec une collection entièrement dédiée à « l’élégance ».

La féminité est exacerbée, comme en témoignent les innombrables gants glamour vus ici et là, ainsi que les cuissardes et les bottes à talon, omniprésentes, de préférence en vinyle dans des couleurs fortes. Mais elle s’exprime dans toutes sortes de nuances et variations. Romantique avec de longues robes-tuniques fleuries ou colorées, enfantine avec un clin d’œil à Bambi chez Marco De Vincenzo ou à des univers conte de fée chez d’autres stylistes, minimaliste, misant sur un confort luxueux chez Calcaterra, hyper sexy ou agressive tout en cuir et latex.

Certaines collections se dédoublent même entre deux courants totalement opposés, comme chez Miuccia Prada, qui a joué sur la romance et l’amour d’un côté, et sur la force et le thème militaire de l’autre. Ou encore GCDS, qui a transformé ses princesses en sorcières dans la deuxième partie de son show. Bottega Veneta a mêlé de son côté super motardes en total look de cuir et des tenues plus classiques.

Le filon dark traverse plusieurs autres collections. On le retrouve dans un esprit punk chez Gucci avec ses masques et colliers hérissés de pointes métalliques, en version gothique chez Marni avec de longues chaînes cadenassées le long du corps des mannequins et des agrafes en guise de couture, hyper sexy chez Versace via des bretelles en cuir sado-maso et des bas à porte-jarretelles. Envie d’en découdre et d’afficher sa puissance ? Ou besoin de se protéger dans un monde incertain et de plus en plus violent ? La prolifération de bottes de rangers d’un podium à l’autre n’est pas anodine.

Pour Miuccia Prada, la mode ne peut plus rester indifférente face à la montée de la haine et des tensions. Un sentiment traduit sur le podium par d’inquiétantes jeunes filles à longues nattes blondes en boots militaires. « Si nous avions été dans un autre siècle, il y aurait déjà la guerre avec toutes ces situations violentes en Europe et le racisme. J'ai vraiment peur », commentait la créatrice à la fin de son show. « D’un autre côté, nous travaillons pour des gens riches en réalisant des vêtements riches. Mais la mode a un poids important et il y a une sorte d’attente pour parler d'autres sujets. Comment trouver le moyen de le faire de manière intelligente, mais pas trop superficielle ? »

Chez d’autres, cette inquiétude n’affleure qu’en filigrane. Par exemple dans la collection très sophistiquée de Marco De Vincenzo, dont les tenues sont comme assombries par de mauvaises pensées. « Je n’ai pas pour habitude d’envoyer des messages, car pour moi la mode est avant tout glamour et joyeuse. Il est probable que ma collection ait absorbé les tensions qui nous entourent. Mais la mode est comme un jeu, c’est aussi un moyen de s’échapper de notre quotidien », souligne-t-il.

Cette lecture explique sans doute l’ambivalence qui s’est dégagée de la Fashion Week milanaise. D’autres, plus pragmatiques, y voient juste une transition en cette période encore frappée par la crise. « Après la vogue pour le genderless et l’influence du streetwear, les maisons cherchent aujourd’hui à comprendre quelle sera la prochaine étape. Elles explorent visiblement différentes pistes, en s’orientant parfois assez même loin de leur univers habituel », analysent Stefano Martinetto et Giancarlo Simiri, fondateurs de la plateforme Tomorrow London Holdings.

« Cette quête un peu désordonnée est aussi à rapprocher de la baisse des ventes sur le marché de l’habillement féminin, dont 20 % du chiffre d’affaires a été récupéré par l’homme. Les marques pour femme essayent donc de se différencier dans toutes les directions possibles », concluent-ils.

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