Gilets jaunes : pas de véritable effet d'aubaine pour l'e-commerce

Le blocage des commerces favorise l’e-commerce et notamment les Gafa ne payant pas d’impôts en France : voici depuis plusieurs jours le mantra répété par les élus et ministres. Contactée par FashionNetwork.com, la Fédération de la vente en ligne (Fevad) et plusieurs sites démentent la réalité de cette assertion.


La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, appelait mardi les manifestants à « ne pas enrichir Amazon » en bloquant le commerce physique - AFP

« Nous entendons cela à longueur de journée et nous suivons ça de très près, mais l’e-commerce ne profite pas de la situation, nous indique Marc Lolivier, directeur général de la Fevad. Il y a un effet général de sidération qui n’est pas bon pour la consommation. Nous sommes moins impactés que les magasins, c’est certain. Mais il n’y a pas de report vers Internet, ce que montrent encore les retours de ce début de semaine. Les gens attendent. Ils sont devant la télévision, sur les réseaux sociaux, mais n’ont pas la tête à consommer. Il n’y a pas d’effet de transfert des achats. Il y en aura peut-être, mais ce n’est pas le cas pour l'heure. »

Le sentiment de report des ventes physiques vers Internet a notamment été alimenté par l’annonce de Rakuten d’une hausse de 50 % de ses ventes au cours du week-end. De quoi justifier dans leur conviction bon nombre d’observateurs qui, dès le premier samedi de mobilisation, prophétisaient une explosion des ventes en ligne grâce au mouvement social. Cependant, contacté par FashionNetwork, Rakuten indique qu'il ne souhaite pas indiquer si un tel report s'était déjà manifesté durant les trois premières semaines de mobilisation.

Quant à savoir si un autre portail a connu une hausse soudaine, même temporaire, de ses ventes, la recherche s'avère difficile. Même Amazon, qui a pourtant fait de ses chiffres un argument publicitaire, indique n’avoir connu aucun impact majeur sur l’activité. Egalement contactés, nombre de sites clefs du e-commerce tricolore nous confirment ne pas avoir connu le raz-de-marée annoncé, auquel certains d'entre eux confient avoir cru.

« Intuitivement, on peut se dire : comme les gens ne peuvent pas accéder à leur magasin, ils vont consommer sur Internet, admet Marc Lolivier. Or, la réalité est beaucoup plus complexe : quelqu’un qui se retrouve à un barrage ou face à une manifestation, son premier réflexe n’est pas de courir sur Internet pour commander, mais de s’informer. Je pense qu’il est important de rappeler la réalité. Certains disent que c’est une posture de notre part. Mais c’est pourtant une réalité. Il y a une croissance des ventes car nous sommes un secteur en croissance, mais il n’y a pas de report. »

Selon les projections publiées le 15 novembre, les ventes en ligne de Noël devaient peser 19 milliards d’euros, soit 20 % du chiffre d’affaires annuel. De mi-novembre à fin décembre, cette période devait connaître une progression de 13,8 % des ventes. Au vu du mouvement des gilets jaunes et de ses conséquences sur l'activité commerciale, le chiffe réel, qui sera publié en début d’année par la Fevad, est donc très attendu.

Le spectre d’une mobilisation fragilisant les commerces physiques au profit d’Internet s’inscrit, lui, dans deux débats de fond : d’un côté les écarts d’imposition entre commerce et e-commerce, et de l’autre la taxation des géants mondiaux du Web. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en appelant mardi les manifestants à « ne pas enrichir Amazon », a fait réagir sur les réseaux sociaux plusieurs acteurs de la vente en ligne, qui refusent ce rôle d’épouvantail mondialisé. Les e-commerçants français taclent eux-mêmes régulièrement les optimisations fiscales des géants étrangers, biaisant la concurrence sur le marché hexagonal.

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