Le nouvel esprit bohème plein de fluidité de JW Anderson

De la fluidité, souvent incarnée par des pièces en patchwork – choix plutôt contre-intuitif – au cœur d’une collection assez brillante proposée par Jonathan Anderson, qui semble apte à définir la saison londonienne du moment.



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JW Anderson - Spring-Summer2019 - Womenswear - Londres - © PixelFormula

Des robes évasées à partir du buste, composées de bandes rectangulaires de tissus en contraste (du lin rayures tennis à la mousseline aérienne) avec des ourlets asymétriques, qui flottaient au vent tandis que les mannequins déboulaient sur le podium. Des chemises masculines rallongées pour former des robes à demi-transparentes, avec des empiècements en contraste.

La plupart des pièces étaient complétées par des empiècements de poitrine en dentelle, des ourlets brut et des franges. Toutes étaient associées aux dernières baskets Pro-Ked légèrement compensées du créateur ou à des guêtres et bottines masculines revisitées. Ces dernières étaient agrémentées de doubles boucles en métal, produisant un effet de flou sur les mannequins en mouvement.

« Un peu plus de bohème et une façon de célébrer la mode par le jeu des textures », expliquait le créateur dans les coulisses bondées.

Toutes les tops étaient coiffées de bonnets de pirate en cuir pour aider le public à ne pas s’arrêter sur les visages individuels et à se concentrer plutôt sur les vêtements. De cette façon, la personnalité des mannequins était gommée et le défilé était réellement une proposition vestimentaire.

Une fois de plus, Jonathan Anderson a organisé son défilé au sein de la Yeomanry House, un petit entrepôt militaire dans le centre de Londres. Toutefois, une visite récente au V&A (le Victoria and Albert Museum) et ses sculptures en fer a aussi inspiré des dizaines de barrières en fer forgé qui divisaient le podium.

« C’est un truc très britannique, genre clôture de jardin, et nous en avons fait des paravents », ajoutait Jonathan Anderson.

Le créateur a aussi été influencé par les idées de l’artiste américaine Lynda Benglis et par un tee-shirt qu’elle a créé en 1974 pour évoquer l’émancipation des femmes. Cette image, une des plus connues de l’artiste et qui fit la couverture du magazine Artforum, représente une femme mince et bronzée, pratiquement nue, chaussée de lunettes de soleil et dotée d’un énorme pénis en érection.

« Et je me suis demandée ce que signifiait aujourd’hui l’émancipation de la mode. Comment libérer l’allure de celle qui la porte : je crois que tout ça est affaire de fluidité. Quand tout devient quelque chose qui bouge autour du corps. Et qu’on ne le voit pas comme une silhouette statique. Il faut que ce soit porté par quelqu’un en mouvement. Il s’agit de suivre un autre chemin, pour réinventer par son travail l’idée même de réinvention », déclarait Jonathan Anderson.

Le créateur peut sembler tenir des propos affectés, mais il croit fermement à ce qu’il dit. De plus, ses créations ne sont certes pas bon marché, mais restent relativement accessibles pour un large public issu de la génération Y.

« Notre gamme de prix n’a rien d’exagérée. Nos sacs les plus chers sont à 1 200 euros et nos vêtements ne vont pas non plus au-delà. Je pense donc que nous restons plutôt ouverts », déclarait Jonathan Anderson, qui est aujourd’hui le leader incontesté de la mode londonienne.

Ce défilé était le premier depuis la nomination d’une nouvelle PDG pour la maison, Jenny Galimberti, une cadre extrêmement expérimentée dont le dernier poste était celui de directrice mondiale de la communication chez Louis Vuitton, la principale griffe du groupe LVMH.

Le conglomérat français du luxe est à la fois le principal investisseur extérieur dans la maison de Jonathan Anderson et son employeur, puisque ce dernier travaille en outre comme directeur de la création chez Loewe, la marque espagnole phare du groupe LVMH.

« Quel défilé splendide. Jonathan est un créateur extrêmement talentueux et plein d’énergie. Nous sommes très heureux de son travail, ici comme chez Loewe », soulignait Sidney Toledano, à l’occasion d'une grande tournée pour passer en revue ses troupes. L’homme est en effet le président-directeur général de LVMH Fashion Group, composé des autres marques appartenant à LVMH : Celine, Kenzo, Loewe, Marc Jacobs et Emilio Pucci.

Traduit par Marguerite Capelle

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