Le renouveau urbain d’Ermenegildo Zegna

Voilà ce qui s’appelle un défilé de mode épique ! Et une brillante façon d’inaugurer Milano Moda Uomo pour Alessandro Sartori et la maison Ermenegildo Zegna ce vendredi soir, dans une mise en scène pleine de maestria au cœur d’une ancienne aciérie monumentale.


Ermenegildo Zegna - Prêt-à-porter masculin - Printemps-été 2020 - Milan - Photo: Ermenegildo Zegna
 
On se serait crus à Tchernobyl en Lombardie quand les 800 invités se sont rassemblés à l’Area Ex Falck : une usine massive et rouillée de la taille d’un stade de football avec un podium anthracite. L’usine était si loin au nord de Milan qu’on s’attendait presque à voir des garde-frontières suisses nous demander nos passeports.

Nous avons alors découvert une collection dont le leitmotiv était l’utilisation de matériaux mis aux rebut pour créer une garde-robe pleine de noblesse. Le résultat formait une collection spectaculaire en laine fine, nylon éblouissant et maille chic, choisis exclusivement parmi les chutes de tissus qui finissent habituellement par terre dans les ateliers, mais ont permis cette saison de recomposer de splendide matières.

Ce qui aurait pu ressembler à un gimmick, entre les mains d’un maître tailleur et coloriste aussi doué qu'Alessandro Sartori, a donné lieu à un défilé et une collection extraordinaires. Depuis les costumes en nylon froissé à pantalon cigarette, rayés façon mouron rouge, jusqu’aux fabuleux cache-poussière extravagants en pied-de-poule, il y avait une flopée de belles images : idéales pour les magazines.

Et parfaites aussi pour les moments Instagram du premier rang regorgeant de célébrités : l’acteur oscarisé Mahershala Ali, la pop-star chinoise Wang Ziyi, l’acteur Daniel Brühl, la super top allemande Toni Garrn et la dernière sensation de la chanson italienne Mahmood.

Le sens des couleurs d'Alessandro Sartori est sans égale : des bombers ou vestes en nylon bleu canard, des blousons rose poudré et des parkas rose caramélisé à la Quadrophenia.

« Le point de départ, c’était de recycler tous les déchets de production : 20 % du volume global de fibres se perdent entre l’origine du fil et sa forme définitive. Et 25 % de plus au moment de la coupe. Enfin, il reste encore 10 % supplémentaires avec les pièces que nous ne vendons ou n’expédions pas. Une grande partie de cette collection est donc recyclée. Quand on fait ça, les fibres sont plus courtes et les tissus un peu plus tendus. Un cinquième de cette collection est réalisée avec ces tissus », se réjouissait Alessandro Sartori avec un air de fierté.

Le créateur est un maître en matière de textile : qu’il s’agisse des costumes à imprimé photo dignes de Roy Lichtenstein ou des superbes tricots graphiques. Mais l’élément clé était en fin de compte le travail de coupe. En commençant par ces pantalons à plis ondoyant associés à des vestes à un bouton et poches plaqués, pour finir sur des blazers stricts à trois boutons.


Ermenegildo Zegna - Prêt-à-porter masculin - Printemps-été 2020 -Milan - Photo: Ermenegildo Zegna

Les chaussures n’étaient pas mal du tout non plus : en particulier les bottines bicolores à l’aspect noueux et les sacs cools mi-sacoches, mi-mini-bananes et à motifs géométriques.

Le tout renforcé par une bande-son qui envoie, s'ouvrant avec de sombres bruits de machine, avant de culminer sur le formidable tube techno « Dominae » d’Agoria : une sacré déclaration de mode.

À la suite d’un autre formidable week-end à Londres – qui a toujours cette capacité infinie à faire émerger de jeunes talents bruts –, on avait l’impression d'avoir passé la vitesse supérieure. Qu’il s’agisse du décor, de la musique, de la mise en scène spectaculaire, de l’opulence des matériaux ou encore du professionnalisme d’avant-garde de cette collection, c’était l’équivalent en mode masculine d’un match important de Champions League et Alessandro Sartori peut prétendre à la victoire finale.

Comme les chutes de tissu, l’espace aura droit à une nouvelle vie. Le quartier a été restructuré pour devenir un centre pour la santé et la science. Tchernobyl n’a pas eu autant de chance.

« C’est une ville en évolution », commentait Alessandro Sartori, alors que les journalistes et les amis tourbillonnaient autour de lui.

Traduit par Marguerite Capelle

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