London Fashion Week Men's : une véritable déclaration culturelle

Il y a des moments où la London Fashion Week masculine, dont la prochaine édition s'ouvre ce samedi 5 janvier, ressemble autant à une proposition culturelle qu'à un énoncé de mode. Cette nouvelle Semaine de la mode masculine sera la dernière avant que le Royaume-Uni ne décide d'activer ou non le Brexit, qui doit avoir lieu le 29 mars, soit en sautant le pas et en quittant l'Union européenne, soit en organisant un autre référendum.


A-COLD-WALL - Printemps-été 2019

L'année a commencé de manière plutôt optimiste : le maire de Londres, Sadiq Khan, a illuminé la grande roue du London Eye aux couleurs du drapeau bleu et jaune de l'Union européenne. Pendant le feu d'artifice, les mots « London is Open » (« Londres ville ouverte ») étaient affichés en anglais, français, allemand, italien, polonais, roumain et espagnol.

Voilà qui tombait à point nommé pour la Semaine de la mode masculine, étant donné la multiplicité des nationalités représentées sur les podiums londoniens. Un peu plus tard, Sadiq Khan s'est exprimé sur Twitter : « Près d'un million de ressortissants européens sont londoniens - ils apportent leur pierre à l'édifice, et quel que soit le résultat du Brexit, ils seront toujours les bienvenus. »

On pourra découvrir de nouvelles têtes, comme Paria Farzaneh, une créatrice britannique née dans le Devon de parents iraniens, ou le Japonais Arashi Yanagawa, qui a baptisé sa marque - qui développe une approche décalée du tailleur traditionnel - du nom du célèbre boxeur irlandais américain John Lawrence Sullivan. Ou encore Khalid Al Qasimi, une marque qui allie les influences moyen-orientales de son pays natal, les Émirats arabes unis, au streetwear utilitaire de Londres, où se trouve son studio de création.

Dylan Jones, qui préside le calendrier britannique de la mode masculine, a déclaré : « À LFWM, nous avons accueilli des noms tels que Dolce & Gabbana, Giorgio Armani, Tommy Hilfiger, Tom Ford et beaucoup d’autres, mais nous commençons à voir de jeunes designers étrangers qui veulent montrer leurs collections ici et pas seulement des acteurs établis. C'est parce que les gens préfèrent présenter à Londres, car Londres est la ville la plus cool du monde. »


Art School - Printemps-été 2019

Mais la nouvelle marque londonienne dont le monde parle, c'est A-COLD-WALL. Fondée par une star locale, Samuel Ross, originaire de Brixton, c'est un assemblage sophistiqué de vêtements de la classe ouvrière, de sportswear technique, de détails conceptuels et de volumes astucieux. Ancien assistant de Virgil Abloh et finaliste du Prix LVMH, Samuel Ross est le créateur à surveiller pendant la Semaine de la mode.

Dylan Jones renchérit : « Je pense que la diversité de cette saison est vraiment irrésistible et que même si certaines des plus grandes marques ont rejoint le calendrier féminin, ce qui se passe dans toutes les capitales de la mode, aucune ville ne possède le jeune talent de Londres. J'ai vu au moins trois générations de talents masculins à Londres, de Vivienne Westwood à Katharine Hamnett, en passant par Alexander McQueen et JW Anderson, et je pense honnêtement que le millésime actuel est aussi bon, sinon meilleur. »

Sur la scène internationale, 2019 a également débuté avec l'investiture du nouveau président brésilien, ouvertement homophobe, Jair Bolsonaro. Effet de contraste : la semaine de trois jours sera lancée le matin du samedi 5 janvier avec l'Art School, dont toutes les collections célèbrent le style queer. Ses fondateurs, Eden Loweth et Tom Barratt, croient aux identités de genre non binaires - une posture très anti-Bolsonaro.

À vrai dire, la Semaine de la mode est remplie de marques qui revendiquent la fluidité entre les genres. Notamment le label Blindess du duo coréen KyuYong Shin et JiSun Park, basés à Séoul, dont les collections masculines et féminines cherchent à éliminer les frontières entre les sexes. Et, plus spectaculaire encore, Charles Jeffrey Loverboy, un créateur écossais dont les vêtements inspirés du clubbing rétro incorporent des références aux drag-queens, aux danseurs disco et à des artistes de performance mythiques comme Leigh Bowery.


Iceberg - Printemps-été 2019
 
Il s'agira de la treizième saison de défilés exclusivement masculins à Londres depuis la première édition en 2013. Si la grande majorité des créateurs qui y participent sont basés à Londres, la ville a également attiré des grands noms internationaux, comme Iceberg, spécialiste italien de la maille - qui présentera son deuxième défilé au calendrier britannique.

Le programme de la semaine comprendra également de nombreuses collections tailleur modernes au style décontracté conçues par des créateurs reconnus comme Oliver Spencer, Wales Bonner, Stefan Cooke et Kent & Curwen, sous la direction de David Beckham, l'ambassadeur officiel de cette saison.

Mais le véritable mérite de la London Fashion Week, c'est son insatiable volonté d'expérimentation, unique sur la planète mode. En un mot, Londres est le laboratoire de la mode masculine. Ce que la cité britannique entend bien rappeler aux autres capitales de mode.

« Je ne dirais pas que ces défilés sont expérimentaux, je les qualifierais de modernes, car ils sont à la pointe de la mode pour hommes », déclare Dylan Jones. « Voyons les choses en face, vous n'allez pas voir ce degré de talent à New York, n'est-ce pas ? Londres a un talent inné et est devenue le pivot de la créativité mondiale. Milan a des marques monumentales, mais elle ne cultive pas les jeunes talents comme nous. Paris est toujours un endroit très exotique, mais incroyablement traditionnel et parfois assez bourgeois. Quant à New York, il n’y a tout simplement pas les jeunes talents », conclut le responsable du calendrier masculin britannique.

Traduit par Paul Kaplan

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