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Maria Grazia Chiuri : "Les enjeux actuels de la mode portent sur le genre, l'appropriation culturelle, l'environnement, le postcolonialisme"

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 30 avr. 2019
Temps de lecture
access_time 8 minutes
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À une époque où l'homme le plus puissant du monde est obsédé par la construction d'un grand mur pour protéger sa frontière et où les partis d'extrême droite européens remportent des millions de voix à chaque élection, la collection Croisière 2020 de Christian Dior, inspirée par l'Afrique, présentée lundi à Marrakech, résonnait comme une déclaration en faveur de l'ouverture, de la tolérance et surtout de la curiosité culturelle.


Maria Grazia Chiuri


FashionNetwork.com s'est entretenu avec la directrice artistique des collections féminines de Dior juste avant qu'elle embarque avec son équipe pour le Maroc. Une conversation à bâtons rompus avec Maria Grazia Chiuri, sur la mode, l'imagination, les tissus et le féminisme.
  
Maria Grazia Chiuri est elle-même d'origine méridionale. Son père vient de Santa Maria di Leuca, le port le plus au sud de la botte italienne, où elle passe encore ses vacances en août. Maria Grazia Chiuri est une Italienne volubile, qui parle toutes les langues avec autant d'accent que d'emphase. Elle a l'habitude de porter des jeans décolorés à l'acide - une tendance qu'elle a initiée - et de se couvrir de bijoux. Ses mains sont couvertes de bagues en forme de crânes et de têtes dorées, des vanités du joaillier Casa Codognato à Venise, ses poignets chargés de gourmettes dorées, sans oublier le bracelet porte-bonheur en coton qui lui a été offert il y a des années au Brésil. 

Sur sa planche d'inspiration : Yves Saint Laurent à Marrakech, Lisa Fonssagrives, Talitha Getty, Cecil Beaton et Irving Penn, à côté de couvertures du magazine Ebony et du roman Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage de Maya Angelou. Toute une ambiance qui s'incarnera un peu plus tard dans une véritable déclaration de mode, audacieuse et spectaculaire, mise en scène à Marrakech - un triomphe personnel pour Maria Grazia Chiuri.
 

Dior Cruise 2020


FashionNetwork.com : Pourquoi Marrakech ?

Maria Grazia Chiuri : L'année prochaine, Marrakech sera la capitale de la culture africaine. Tant d'écrivains, de peintres et de photographes se sont inspirés des lumières et des couleurs de Marrakech... C'est un lieu de rencontre entre l'Europe et l'Afrique. Pour nous, c'était idéal car nous voulions transmettre un message multiculturel. Et puis quand on va à Marrakech, impossible de ne pas entamer une réflexion sur la mode.

Au cours de nos recherches, on a retrouvé un contrat des années 1950 entre Monsieur Dior et une importante maison de couture marocaine, Joste, qui réalisait sur place les dessins du couturier pour une clientèle locale, incroyable. Nous sommes également très fiers de présenter des pièces issues de nos archives Dior par Yves Saint Laurent, dont un manteau blanc tout simplement nommé « Le Marrakech ». Une belle coïncidence. Nous avons organisé une petite exposition de ces pièces pour les invités de notre dîner de bienvenue. À mon avis, c'est un bel hommage à la relation du Yves Saint Laurent de l'époque Dior avec la ville de Marrakech. La référence est si centrale dans notre ADN qu'il était impossible de passer à côté.
  
FNW : Quel est le point de départ de la collection ?

MGC : J'ai été captivée par la lecture du livre Wax & Co. J'ai demandé à mon équipe de contacter son auteure et nous sommes tous descendus à Nice pour rencontrer Anne Grosfilley, qui possède une immense collection de motifs wax et connaît parfaitement l'histoire de cette technique d'impression. Collectionneuse, anthropologue, elle étudie l'histoire des textiles. La technique du wax a fait le tour du monde : née en Asie, elle a été modernisée en Europe avant de s'épanouir en Afrique. Il s'agit d'une technique très spécifique, très luxueuse, qui permet d'imprimer du coton en double face. Une matière très « haute couture » en soi. Pour réaliser ce type d'impression, il faut suivre environ sept étapes. Quand nous nous sommes rendus avec elle à Abidjan, elle nous a permis de découvrir le fabricant le plus célèbre de ce type de tissus, Uniwax, et de rencontrer le créateur Pathé'O, spécialiste du wax. Il était si fier quand Dior lui a demandé d'utiliser ses motifs !

C'est une manière de montrer que le wax est un motif de luxe, un motif haute couture. Pathé'O a réalisé une chemise portée par Nelson Mandela ; quand nous lui avons proposé de collaborer, il était ravi. D'autant plus qu'il a beaucoup de difficultés à expliquer à la jeune génération les différences entre la technique originelle du wax et les contrefaçons qui imitent ce type de motif. D'ailleurs, Pathé'O a du mal à exporter ses collections dans le monde entier, en raison des stéréotypes du type « si ça vient d'Afrique, ça ne peut pas être trop cher ». Or, la technique du wax est vraiment onéreuse car le facteur humain a beaucoup d'importance, plus que pour l'impression numérique.
 
FNW : Quelle sorte de motifs souhaitiez-vous développer ?
 
MGC : L'idée n'était pas d'utiliser des motifs originaux car chaque wax contient son propre message. Nous avons demandé à Uniwax de partir des éléments iconiques de Dior. Nous leur avons montré notre toile de Jouy en leur demandant de proposer leur propre point de vue sur ce motif. Ils ont donc créé une version tropicale de la toile de Jouy, ainsi qu'un motif de cartes de tarot, un autre code emblématique de Dior. Ils l'ont imprimé en deux versions : la première en indigo, un bleu très Dior, et la deuxième version avec leurs propres couleurs. Comme une conversation entre deux univers. Uniwax est une très belle usine, qui recycle l'eau et imprime sur du coton africain : tout cela est très écologique. Ce sont leurs illustrateurs locaux qui ont dessiné tous les motifs à partir des trois références de toile de Jouy et d'une douzaine de cartes de tarot que nous leur avons fournies.

FNW : En regardant votre sélection d'images, on sent que vous avez été très inspirée par toute la ferveur artistique des artistes occidentaux envers Marrakech...

MGC : Oui, à mon avis il s'agit d'un bon message pour le futur de la mode : collaborer, trouver un terrain d'entente sur l'artisanat, le savoir-faire, les broderies, la technique... On a même collaboré avec un groupe de femmes de Fès, une association appelée Sumano : elles ont utilisé de la laine teinte avec des pigments naturels pour créer le décor du défilé.
 
FNW : Comment avez-vous concilié les sensibilités européenne et africaine dans la collection ?

MGC : C'était important pour nous d'utiliser les motifs wax africains en les mélangeant à d'autres matières, comme des cachemires double face. Avec les imprimés d'Uniwax, nous avons pu créer plusieurs tissus : un coton africain, un cachemire italien, des soies françaises... On voit donc le motif évoluer sur plusieurs types de matières. Notamment sur un manteau très ample et sophistiqué, coupé en soie, ce qui lui donne une allure totalement différente.
 
FNW : Pourquoi avoir travaillé avec plusieurs autres créateurs, comme Grace Wales Bonner ou Pathé'O, et avec l'artiste Mickalene Thomas ?
 
MGC : Avec Mickalene Thomas, nous avons commencé par collaborer sur le sac Lady Dior. Mais Christian Dior étant une maison de haute couture, pourquoi ne pas demander aux artistes de donner leur point de vue sur la silhouette emblématique du New Look, d'interpréter les silhouettes iconiques de Dior ? On les a laissés complètement libres de revisiter le tailleur Bar ou les jupes corolles qui ont marqué l'histoire de notre maison.


Des pièces d'Yves Saint Laurent pour Dior étaient exposées à Marrakech


FNW : Prenez-vous plus de risques quand vous dessinez la collection Croisière ?

MGC : Ça dépend. Je n'ai pas l'impression de prendre de risques. Si on croit vraiment en ce qu'on fait, il n'y a aucun risque possible. Mon travail chez Dior consiste à jouer avec les codes de la maison, en fédérant toute l'équipe pour aboutir à une énergie spécifique et découvrir de nouvelles idées sur la mode, de nouvelles techniques. Quand j'ai commencé dans la mode, il n'y avait pas de véritables collections Croisière ou de pré-collections.

FNW : Après la Croisière, quels sont vos projets ?

MGC : Nous allons mener une collaboration avec la compagnie de danse de Sharon Eyal en Israël l'année prochaine à Tel Aviv. Et on fait un premier déplacement à Tel Aviv en juin pour tester les prototypes. Évidemment, toute mon équipe veut aller à Tel Aviv !
 
FNW :  Comment votre formation de créatrice d'accessoires influence-t-elle votre travail aujourd'hui ?

MGC : Les accessoires, c'est plus une histoire de codes que de mode, à travers un petit objet. Quand j'ai commencé dans la mode, le prêt-à-porter était beaucoup plus prestigieux. Côté accessoires, on voit souvent les produits photographiés sans mannequin, sans échelle. C'est une approche complètement différente. Dans la création d'accessoires, on va plutôt chercher à concevoir une chaussure que tout le monde pourra porter et donc acheter. On ne pense pas au visage qui portera le sac. Il s'agit donc d'une forme de création plus pure. 

FNW : Quel rôle joue votre engagement féministe dans votre travail chez Dior ?
 
MGC : Je crois que quand on parle des femmes, on parle de toutes les femmes du monde. Mais mes racines sont romaines et italiennes, ma perception est donc forcément plus étroite. En discutant avec d'autres femmes, je fais évoluer ma vision du savoir-faire et de la création de mode. La mode n'est plus seulement une question de vêtements. C'est quelque chose de très différent. Quand j'ai commencé dans la mode, c'était la Préhistoire, le public était restreint et il n'y avait que deux collections par an : une l'été, l'autre l'hiver. On ne voyageait jamais dans d'autres pays. Faire un périple, c'était partir à Paris ou à Londres. Aujourd'hui, avec les nouveaux médias, la mode est mondialisée : notre discours et notre image de marque sont perçus à l'échelle de la planète. Cela a changé notre façon de faire nos collections. Avant, l'hiver, on portait un manteau et l'été du coton. Maintenant, dans toutes les collections, vous avez à la fois du coton et du cachemire, car on ne peut pas savoir à l'avance où on va la vendre. On touche un public beaucoup plus large et les enjeux actuels de la mode portent sur le genre, l'appropriation culturelle, l'environnement, le postcolonialisme, et vous devez en tenir compte. Pour être en mesure de dialoguer avec votre époque.
 
Je crois vraiment au pouvoir de la mode, c'est vital pour ma créativité. Mais nous n'avons pas le choix, nous devons porter un regard critique sur ce que nous avons fait dans le passé. Quand nous avons commencé dans ce secteur, nous n'avions pas assez de culture pour comprendre tous les enjeux, alors on faisait de la mode à partir de nos références personnelles. La mode était une petite bulle, entre professionnels du secteur. En Italie, à l'école, on m'a enseigné des concepts techniques : comment faire une veste, quel tissu utiliser. Aujourd'hui, chez Dior, j'apprends beaucoup de nouvelles choses.

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