Rencontre avec Masayuki Ino, facétieux vainqueur du Prix LVMH 2018

« C'était vraiment inattendu », s'amuse Masayuki Ino, 39 ans et vainqueur du Prix LVMH 2018. Un an de plus et celui-ci n'aurait même pas pu participer à la compétition, dont l'âge limite des candidats est fixé à 40 ans.
 
Masayuki Ino recevant son prix - Fashionnetwork.com

Pourtant, son mélange de motifs percutants, d'imprimés intrépides et de tailleur revisité à la sauce street-style en faisaient l'un des favoris du concours. C'est lui qui a raflé la mise face à des concurrents plus que sérieux : cette année est un véritable millésime - Masayuki Ino a soufflé la première place à Charles Jeffrey, créateur écossais de Loverboy et figure incontournable de la mode britannique, mais aussi à l'Américain Matthew Adams Dolan, ainsi qu'à la marque A-Cold-Wall de Charles Ross et à sa collection ultra-technique et pointue.

« Ino est un authentique original. Combien de créateurs dessinent et commercialisent des vêtements plastifiés ? Ou produisent des cintres pour T-shirts qui semblent tout droit sortis d'une installation artistique ? Il est vraiment différent. En plus, il est japonais. Aucun Japonais - alors que le Japon est un marché crucial pour la mode et un pays qui a fourni des créateurs parmi les plus grands de l'histoire de la mode - n'a jamais remporté notre premier Prix. À lui seul, il prouve que ce prix est vraiment international », explique Delphine Arnault. 
  
Près de 1 300 candidats ont envoyé leur dossier cette année, en espérant remporter la cinquième édition du Prix. Un premier tri a permis d'en isoler une vingtaine, passés au crible au siège de LVMH par une équipe de 50 experts internationaux du monde de la mode, qui a sélectionné une liste de neuf finalistes. Chacun des finalistes a ensuite présenté ses idées à un jury composé de la crème des créateurs contemporains, dont Karl Lagerfeld, Marc Jacobs et Nicolas Ghesquière. Chaque membre du jury - y compris le père de Delphine Arnault, président et actionnaire majoritaire du groupe - dispose d'un vote, attribué en secret au projet qui l'a convaincu. En cas d'égalité, on vote à nouveau.

« Je pense qu'il s'agit d'une expérience incomparable pour tout jeune créateur. Monter à Paris, présenter son travail sur l'avenue Montaigne, rencontrer des créateurs légendaires et des dizaines d'experts de la mode : c'est une opportunité unique. En deux jours, ils rencontrent l'ensemble du secteur ! » souligne Delphine Arnault, directrice générale adjointe de Louis Vuitton - c'est elle qui a eu l'idée de cette compétition. Que dit-elle aux candidats malheureux, ceux qui n'ont pas remporté le Prix ? « Exactement ce que je viens de vous dire ! Et aussi, essayez à nouveau l'an prochain... Jacquemus a gagné à sa seconde tentative. »


Doublet - Printemps-été 2018

Outre le prix remis à Masayuki Ino et à sa marque Doublet, Rok Hwang, un créateur sud-coréen élevé au Texas et basé à Londres, a remporté un Prix Spécial du Jury. Jackpot : 300 000 euros pour Masayuki Ino et 150 000 euros pour Rok Hwang. Chacun d'eux sera encadré pendant un an par une équipe expérimentée de cadres de LVMH.
 
Quand on lui demande ce qu'il a prévu de faire avec la dotation, Rok Hwang élude : « Oh vraiment, il y a de l'argent en jeu ? » À la même question, Masayuki Ino répond : « Aucune idée, je ne m'y attendais pas du tout, mais évidemment, je suis très honoré de gagner un tel prix ». 
 
Masayuki Ino a commencé à s'intéresser à la mode quand il était encore au lycée, au nord de Tokyo, à Gunma, une région où on élève des chevaux. Quand il annonce à son père banquier qu'il veut devenir créateur de mode, celui-ci lui répond qu'il doit d'abord fréquenter une école d'art. Après son diplôme, il finit par travailler pour Yasuhiro Mihara, grand maître japonais reconnu pour son tailleur infusé d'influences historiques, devenant même son bras droit.
 
Ses créateurs préférés ? Martin Margiela, Mihara et Jeremy Scott - « j'adore son sens de l'humour ».
 
Il y a six ans, il fonde son label, Doublet, avec un premier défilé organisé en 2017 pendant la Tokyo Fashion Week. Aujourd'hui, ses collections sont vendues dans 30 boutiques au Japon et dans 25 autres boutiques aux quatre coins du monde.
 
Quoi qu'il arrive, le prix va propulser les affaires de Doublet et la réputation internationale de Masayuki Ino. Remporter cette récompense suprême rend célèbre du jour au lendemain.
  
À Paris, certaines mauvaises langues affirment que LVMH se sert de ce prix pour se créer une immense base de données des meilleurs talents internationaux. L'idée fait sourire Delphine Arnault. « Ah vraiment ? Étrangement, nous n'avons embauché qu'un seul créateur parmi les candidats qui avaient passé la première sélection : Virgil Abloh - et il n'avait même pas gagné ! »

Traduit par Paul Kaplan

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