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Zhang Tao (Industrie textile chinoise) : "Il faudra au moins six mois avant de retrouver une certaine normalité"

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today 10 févr. 2020
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Étrange ambiance ce 10 février à l’ouverture des salons Texworld et Apparel Sourcing. Stands chinois pour moitié déserts, nombreux masques de protection, distribution de gel hydro-alcooliques… Le coronavirus est dans les esprits et discussions des professionnels. Coïncidence, c’est ce même jour que Pékin a débuté le difficile rapatriement des Chinois depuis leurs régions de villégiatures, nombre d’entre-eux étant resté bloqués sur leurs lieux de congés du nouvel an. Le prélude à une lente reprise d’activité des entreprises, après que le monde a découvert les images surréalistes de centres-villes chinois désertés. C’est dans ce contexte que Zhang Tao, secrétaire général du CCPIT-Tex, le Conseil chinois de l’industrie textile rattaché au ministère du Commerce, est venu à Paris. Exceptionnellement, l'homme décline poliment tout serrage de main et, après s'être enquis de la perception du virus chinois par les Européens, accepte d’évoquer pour FashionNetwork.com ce contexte délicat.



Zhang Tao - MG/FNW



FashionNetwork.com : Quelle est aujourd’hui la situation de la filière chinoise du textile ?

Zhang Tao : Comme vous le savez, depuis que le coronavirus a été découvert, les activités industrielles et commerciales du textile ont été fortement impactées. Nous vivons une situation unique, bien que nous ayons l'expérience du Sras (En 2002-2003, ndlr), et le gouvernement central a appelé notre industrie, comme d’autres, à ne pas compromettre la lutte contre le virus. Ce qui implique de suspendre des activités professionnelles. L’industrie textile joue d’ailleurs un rôle actif dans la lutte contre le virus, via les entreprises mobilisées pour produire les fameux masques de protection en tissu. Il est clair que cette crise va continuer à avoir un impact sur l’activité à court terme, mais je suis confiant dans le fait qu’il va s’opérer à plus long terme un retour à la normale. La stabilité de la chaîne d’approvisionnement internationale du textile est importante pour nos entreprises, mais également pour les consommateurs internationaux.

FNW : Depuis ce lundi 10 février, Pékin organise les retours des Chinois dans leurs provinces. Les entreprises doivent théoriquement rouvrir. Dans les faits, est-ce le cas ?

ZT : Je pense que tout le monde a entendu parler maintenant du Hubei et du Zhejiang, les deux provinces d'où le virus est parti. Dans l’optique d’éviter que le virus ne circule, nombre de sociétés et plateformes d’achats avaient suspendu leur activité, d’abord localement, puis dans le reste du pays. Je pense qu’il faudra du temps pour que tout revienne à la normale. Tout le monde en Chine attend que nous ayons passé le fameux pic de l’épidémie, ce qui sera le prélude à un allégement des mesures de protection. Mais je pense que la situation sur ce premier trimestre aurait pu être finalement bien pire.

FNW : Est-ce que la situation actuelle pourrait compromettre l’avenir de certaines entreprises textiles ?
 
ZT : Bien sûr. Je pense en particulier aux entreprises de tailles petites et moyennes. Celles-ci font face à deux challenges très difficiles. D’abord, elles ne peuvent se mettre au travail sans liquidité. Un luxe qu’elles n’ont plus forcément, après l’arrêt des dernières semaines. Ensuite, elles doivent gérer le retour de leurs employés. En prenant en compte dans leur dispositif les mesures de précautions sanitaires, mais aussi en trouvant des solutions pour les postes normalement occupés par des employés qui sont encore bloqués ailleurs dans le pays. Donc la situation représente de gros risques pour ces sociétés, effectivement.

FNW : La filière étant à l’arrêt, faut-il s’attendre à des problèmes de stocks de matériaux ?

ZT : Je pense que les plus gros acteurs pourront se reposer sur leurs stocks. La chaîne d’approvisionnement repose effectivement sur les entreprises situées en amont, ce qui peut poser problème quand tout est à l’arrêt. Bien sûr, les acteurs ont généralement du stock, mais ce dernier reste quoiqu’il arrive une solution limitée dans le temps.
 
FNW : Les entreprises chinoises détiennent de nombreuses entreprises textiles dans la zone Asie-Pacifique. Une bonne solution temporaire de repli, dans cette période ?

ZT : Je pense que ces entreprises et filiales vont représenter pour leurs clients internationaux une bonne alternative. La Chine détient en effet des fabricants en Birmanie, au Vietnam, au Sri Lanka et autres. Mais sur le long terme, nous en reviendrons au même problème. Car pour travailler, ces entreprises sont dans leur approvisionnement très dépendantes des filateurs et tisseurs chinois. Il faut que se rappeler que la Chine, en augmentant ses salaires, a créée l’actuelle tendance à la diversification des approvisionnements. Je ne m’inquiète donc pas pour les donneurs d’ordres, car ils savent très bien s’adapter et trouver des solutions.
 
FNW : Avec la reprise de la production chinoise, faut-il s’attendre à un impact sur les coûts ?

ZT : Oui, cela pourrait avoir très vraisemblablement un impact, car le retour à la normale va avoir un coût. Et, là encore, les choses ne reviendront pas à la normale en seulement quelques mois. Il faudra à mon avis au moins six mois avant de retrouver une certaine normalité dans l’activité. Mais, encore une fois, c'est une situation inédite, et il faudra encore attendre un moment pour en connaitre toutes les conséquences.
 

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