Zilli, une affaire de famille

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de la société Zilli ? C’est une maison lyonnaise créée par mon père il y a 35 ans. L’entreprise a commencé avec un petit atelier de 5 personnes. A l’origine, la société fabriquait uniquement des vêtements en peau pour homme. Mon père a toujours voulu faire du sportswear de luxe car c’était un créneau qui n’existait pas. La société a commencé par faire des blousons, des 3/4 et des manteaux en cuir dont l’originalité réside dans le travail de l’intérieur du vêtement, c'est-à-dire la fabrication de doublages principalement en soie et en fourrure. Petit à petit la société a grandi. Aujourd’hui Zilli emploie 120 personnes. L’atelier de fabrication et le siège social sont toujours à Lyon. Depuis une dizaine d’années la gamme s’est étoffée et élargie à l’habillement masculin dans sa globalité, de la petite maroquinerie en passant par les chemises, les costumes ou les chaussures. Nous sommes la dernière maison du luxe français qui n’a pas délocalisé sa production. Avez-vous l’intention de la délocaliser ? Non, jamais de la vie. Nous voulons garder un contrôle absolu sur la qualité de notre production. Le produit principal et les cravates sont fabriqués en France. Pour ce qui est des accessoires, ils sont faits en Italie par des sociétés avec qui nous avons des liens privilégiés et qui ne travaillent que pour nous. Mais les collections sont faites pas Zilli et nous achetons également les matières. En quoi Zilli est-elle une entreprise familiale ? Mon père est président, mon frère est entré récemment dans l’entreprise, ma belle-mère est chargée de la création, une de mes tantes s’occupe de notre bureau à Milan et la sœur de mon père, de notre bureau à Londres. En ce qui me concerne, je travaille avec mon père depuis bientôt 9 ans à l’export. Beaucoup de nos collaborateurs sont dans la maison depuis longtemps. La plupart des personnes qui sont entrées chez Zilli y sont restées et y ont fait carrière. Il y a donc un esprit très familial. Tout est contrôlé par la famille. On ne fait partie d’aucun groupe, c’est une entreprise complètement indépendante. Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler en famille ? Il y a surtout des avantages. A partir du moment où les activités sont assez sectorisées c’est à dire que chacun a un rôle précis dans l’entreprise, tout se passe bien. Chacun trouve sa place et fait son bout de chemin en travaillant dans un même but. Finalement, cela se passe très bien. Je trouve que c’est une grande force et une grande chance de travailler en famille. Le nom Zilli a une consonnance italienne, pourquoi ? Quand mon père a lancé cette maison, il venait de racheter l’atelier d’un tailleur italien installé à Lyon, Monsieur Zilli. De plus, nous avons des origines italiennes et sommes très proches de l’Italie. Quelles sont les spécificités de la maison ? La qualité. Nous recherchons avant tout les plus belles matières, les plus belles peaux, les plus belles soies, les plus beaux cuirs et nous avons comme ambition de faire le plus beau vêtement du monde. Il existe une telle diversité d’offres qu’il faut se démarquer pour durer. La difficulté est de ne pas faire de compromis sur la qualité ce qui bien sûr engendre des coûts plus importants et demande plus de travail. Quels sont vos différents modes de distribution ? Nous avons des boutiques Zilli en nom propre à Paris, Londres et bientôt à Lyon. Nous avons également des boutiques Zilli à enseigne avec des partenariats à Genève, Beyrouth, Moscou, Budapest et Alma Ata. Cet été, nous ouvrirons les boutiques de Bakou et Dubaï. Près de 200 boutiques, des détaillants multi-marques, proposent nos produits dans les plus grandes villes du monde comme Tokyo, Los Angeles, Londres ou New York… Vos produits sont-ils également présents en duty free ? Oui. Depuis que la ligne Zilli s’est affinée, notre présence en Duty Free, notamment avec les cravates, s’est imposée logiquement. Tout en ayant un positionnement très luxe, nous avons décidé d’attaquer les marchés Duty Free ce qui nous permet avant tout de faire connaître la marque. Pendant plusieurs années Zilli est restée une marque confidentielle, connue principalement des professionnels, sa notoriété se faisait par le bouche à oreille. Le Duty Free est un très bon tremplin. Plus on verra le nom Zilli, mieux ce sera ! Est-ce un marché qui touche de près votre clientèle ? Bien sûr. Notre clientèle est principalement internationale et voyage beaucoup. Elle est composée d’hommes d’affaire qui ont très peu de temps. C’est typiquement une clientèle de Duty Free. Nous sommes présents dans les aéroports de Moscou, Paris, Dubaï, Beyrouth, Osaka, Bangkok, Singapour, New York et bientôt Bakou. Nous avons des projets en cours tout le temps. En ce moment je travaille sur l’Amérique du Sud et la Chine. La progression du Travel Retail est constante. De plus, la clientèle des Duty Free désire de nouveaux produits et une plus grande diversité. En ce qui concerne le fashion business, nous arrivons aujourd’hui à une uniformisation de toutes les marques ce qui laisse de la place aux produits plus originaux. Quelles sont les spécificités de ce marché ? La vente d’aéroport est une vente rapide, d’instinct, de cadeaux, de produits peu encombrants. Bien sûr, nous ne proposons pas tous les modèles de la gamme Zilli. Nous ne présentons pas de vêtements qui nécessitent un essayage, du temps, de la réflexion. Les cravates, ceintures et la petite maroquinerie sont les produits qui marchent le mieux. De quelles manière vous implantez-vous à l’étranger ? Grâce aux boutiques multi-marques. Les clients viennent nous voir sur les salons, au Pitti à Florence, au Collective à New York et dans les salons Duty Free. Ils prennent rendez-vous et viennent ici, dans notre show room parisien pour passer leur commande. Nous essayons d’ouvrir de plus en plus des boutiques à enseigne Zilli. Adaptez-vous vos produits aux différents pays ? Non. La collection étant assez large, nous touchons tous les clients internationaux que ce soit les japonais, les chinois, les américains ou les russes. Il est bien évident que les goûts et les nécessités ne sont pas les mêmes mais nous parvenons à satisfaire tout le monde. A Dubaï, il y aura davantage de vêtements en soie, lin ou des pièces légères alors qu’à Moscou, il y aura plus de fourrure. Quelles sont les spécificités du marché russe ? Depuis l’effondrement de l’ex Union Soviétique, le luxe français et international s’est implanté en Russie, cette clientèle ayant besoin de nouveautés après des années de restrictions. L’ouverture des frontières a permis à l’Europe occidentale de connaître de nouveaux horizons. Une clientèle fortunée était en demande de luxe, comme l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Arménie…. L’aéroport de Moscou est celui qui génère le plus gros chiffre d’affaire. Que pensez-vous de l’état de santé du marché du luxe actuellement ? Il ne va pas trop mal. Zilli va bien. Notre chiffre d’affaire est en progression constante. Il est évident que les affaires dans le luxe suivent les conjonctures économiques internationales. Allez-vous développer une ligne féminine ? La ligne féminine a toujours été présente de façon discrète chez Zilli. Nous proposons aux femmes de nos clients quelques manteaux en fourrure ou quelques pièces de cuir mais je ne parlerais pas d’une collection complète féminine. Ce n’est pas notre ambition, nous sommes spécialistes de l’homme et voulons le rester. Quels sont les projets de Zilli pour l’avenir ? Zilli définit aujourd’hui une stratégie de distribution basée sur l’ouverture de boutiques en nom propre comme celle de Lyon ou en partenariat comme à Dubaï et Bakou, et sur le renforcement de notre réseau de Duty Free. Beyrouth, Bakou et Singapour sont dans les prochaines ouvertures. Par ailleurs, Zilli souhaite renforcer sa distribution en Amérique du Nord, notamment à New York. Vous êtes membre de la Tax Free World Association, quelles sont les activités de cette association ? Zilli est membre depuis longtemps et je suis élue depuis 2 ans au sein du Management Committee, dans le secteur « Fashion & Accessories ». Cette association organise les rencontres de Cannes et Singapour qui sont les principaux salons de Duty Free. Toutes les industries sont représentées dans cette association. Nous sommes élus par les professionnels. C’est une activité qui me prend beaucoup de temps mais que j’adore et qui me permet d’avoir une bonne vision des réalités du marché et des activités du Tax Free. Propos recueillis par Benoîte TAFFIN

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